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Momies incas : les scanners médicaux révèlent une tout autre cause de mort pour ces enfants sacrifiés au sommet des Andes

Depuis des décennies, l’histoire paraissait limpide : le garçon d’El Plomo et les fillettes du Cerro Esmeralda avaient péri lors de la Capacocha. On les croyait victimes du froid ou d’un étranglement. Pourtant, des scanners et des analyses isotopiques récentes changent la donne. Ils révèlent un traumatisme crânien et des voyages de milliers de kilomètres.

Une momie inca repose sur un site archéologique en haute montagne dans les Andes.
Une momie inca repose dans un environnement de haute montagne, au cœur des Andes. Les analyses modernes de ces enfants sacrifiés révèlent aujourd’hui de nouveaux indices sur leur mort et leurs derniers mois de vie. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Le rituel du sacrifice inca s’étalait sur plusieurs mois de voyage, bien avant l’offrande finale au sommet

La Capacocha évoque souvent l’image d’un enfant conduit au sommet d’une montagne andine, offert aux dieux. Mais une étude parue dans Science Advances va plus loin. Elle montre que ce rite ne se limitait pas à l’instant final. Il s’étendait sur plusieurs mois, entre déplacements, changements alimentaires et cérémonies partagées.

Les archéologues connaissent bien ces trois momies. D’abord, le Niño de El Plomo : un garçon de 8 ou 9 ans, sacrifié vers 1480 au sommet du Cerro El Plomo. Ensuite, deux fillettes de 9 et 18 ans, retrouvées sur le Cerro Esmeralda, dans le désert d’Atacama. Elles sont mortes plusieurs décennies plus tôt.

Scanners, radiocarbone et isotopes bouleversent les causes de mort attribuées à ces trois momies chiliennes

Des archéologues ont découvert le garçon d’El Plomo en 1954. Ils ont mis au jour les deux fillettes du Cerro Esmeralda en 1976. Cette fois, les chercheurs ont utilisé des outils inconnus des premières fouilles. Scanners médicaux, analyses microscopiques, datation au radiocarbone, études isotopiques : la panoplie s’est enrichie.

Longtemps, les scientifiques ont cru que le garçon d’El Plomo avait succombé au froid extrême des Andes, abandonné en pleine hypothermie. Mais les scanners racontent une autre histoire. Ils révèlent un traumatisme crânien, resté invisible lors des premières études. Les chercheurs y voient désormais la cause réelle de sa mort.

Pour les deux fillettes du Cerro Esmeralda, l’histoire change aussi. Les marques sur leur cou passaient pour un étranglement rituel. Or, les nouvelles observations pointent plutôt vers une compression liée aux vêtements, survenue après la mort. Leurs os hyoïdes, intacts, ne portent aucune trace de strangulation. Résultat : la cause exacte de leur décès reste inconnue.

Des milliers de kilomètres parcourus par ces enfants avant d’atteindre le lieu de leur sacrifice

Les chercheurs ont mené des analyses isotopiques sur de minuscules échantillons de cheveux. Ces derniers renseignent sur l’alimentation et l’eau consommées, donc sur les déplacements. Ainsi, le garçon d’El Plomo aurait parcouru entre 2 600 et 2 800 kilomètres durant les neuf derniers mois de sa vie. Son point de départ probable ? Cuzco, la capitale de l’Empire inca.

Les fillettes du Cerro Esmeralda, elles, auraient voyagé entre 900 et 1 200 kilomètres durant les trois mois précédant leur sacrifice. En chemin, des communautés locales les accueillaient. Par ailleurs, les datations confirment des sacrifices espacés dans le temps : vers 1450 pour elles, vers 1480 pour le garçon. Une pratique répétée, non un événement isolé.

La reconstitution des trajets et le rôle central de Cuzco divisent une partie des archéologues

Ces conclusions rejoignent les croyances andines sur la mort. Pour Verónica Silva-Pinto, autrice principale de l’étude, les Andins ne voyaient pas la mort comme une fin absolue. Ils y voyaient plutôt une transformation, un passage vers le monde des divinités, des ancêtres et des forces sacrées. Les sacrifiés acquéraient un nouveau statut : ils devenaient des intermédiaires entre communautés, montagnes et pouvoir inca.

Pourtant, ces interprétations ne font pas l’unanimité. La bio-archéologue Dagmara Socha, de l’université de Varsovie, se montre prudente. Selon elle, les analyses isotopiques seules ne permettent pas de reconstituer précisément un itinéraire. Certaines variations observées pourraient simplement refléter des changements saisonniers dans l’alimentation.

De son côté, l’archéologue argentin Pablo Mignone partage ces réserves. Il juge la place accordée à Cuzco excessive. D’autres travaux, en effet, évoquent des victimes parties directement d’autres régions de l’Empire. Présenter Cuzco comme seul moteur de cette conquête relève, selon lui, d’un choix d’interprétation que les données disponibles ne confirment pas.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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