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Des chercheurs américains ont récemment exploré l’impact de la pandémie de Covid-19 sur la dynamique globale des relations humaines. Selon eux, les retombées psychologiques affecteront les familles, la vie professionnelle, les relations ainsi que les rôles des hommes et des femmes pendant des années.

Un tableau particulièrement sombre

Dans le cadre de travaux présentés dans la revue PNAS, une équipe d’experts de l’université de Californie a passé au crible plus de 90 études afin d’évaluer les conséquences sociales potentielles de la pandémie de Covid-19. Et le tableau dressé est plutôt sombre. Les chercheurs prédisant notamment le report de nombreux mariages, des taux de natalité en nette baisse en raison d’une chute du nombre de grossesses planifiées dans le monde post-pandémique, et des périodes de célibat, en particulier pour les femmes indépendantes, nettement plus longues.

« Contrairement à de nombreuses crises passées, cette pandémie ne rapproche pas les gens », souligne Benjamin Seitz, auteur principal de l’étude. « À de rares exceptions près, celle-ci ne se traduit pas par des taux d’empathie ou de compassion plus importants, et cela s’avère particulièrement visible aux États-Unis. »

« En raison de la pandémie, les femmes passent plus de temps à s’occuper des enfants, et sont par conséquent moins disponibles pour exercer un travail rémunéré. Ce qui signifie que nombre d’entre elles devront compter davantage sur leur partenaire afin de subvenir à leurs besoins, et implique un retour de nos sociétés à des normes sexospécifiques socialement conservatrices », note de son côté la scientifique Martie Haselton, co-auteure de l’étude. « Les conséquences psychologiques, sociales et sociétales du Covid-19 seront très durables. Plus la pandémie durera, plus celles-ci seront solidement ancrées. »

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La crainte d’un glissement vers un conservatisme social dans les mois et années à venir

Avec un nombre de mariages en nette baisse et le report des grossesses, les populations de certaines nations vont se réduire et tomber précipitamment en dessous du « seuil de remplacement », écrivent les chercheurs. Ces derniers précisant par ailleurs que la baisse des taux de natalité a des effets en cascade comprenant le ralentissement de la croissance économique et des opportunités d’emploi moindres.

« Des études ont montré que les femmes étaient plus stressées par leurs responsabilités professionnelles et familiales avant même le début de la pandémie, sachant que celles-ci sont aujourd’hui souvent contraintes de prendre en charge la garde et l’éducation des enfants », poursuit Haselton. « Dans le domaine de la médecine et d’autres sciences, les femmes universitaires publient déjà beaucoup moins de recherches qu’il y a un an, tandis que les hommes affichent une productivité accrue. »

Prévoyant un glissement vers un conservatisme social dans les mois et les années à venir, les auteurs de l’étude n’hésitent pas à qualifier la pandémie « d’expérience sociale mondiale », avec un virus exploitant nos faiblesses en nous infectant par le contact avec des personnes qui nous sont chères et qui semblent en bonne santé.

Une récente étude a montré que les hommes et les femmes réagissaient différemment à la pandémie — Black Salmon / Shutterstock.com

« Nos caractéristiques sociales font de nous une cible privilégiée pour l’exploitation virale »

« Nos caractéristiques sociales, qui définissent en grande partie le fait d’être humain, font de nous une cible privilégiée pour l’exploitation virale », estime Haselton. « Les mesures impliquant isolement et distanciation sociale affectent profondément nos familles, nos vies professionnelles, nos relations et les rôles des hommes et des femmes au sein de la société. »

Les virus et autres agents infectieux doivent évoluer pour mieux manipuler leurs hôtes afin de survivre et de continuer à se propager. Dans ce cas, le SARS-CoV-2 pourrait altérer le tissu neural humain afin de modifier notre comportement. Plusieurs études ayant suggéré que le virus semblait supprimer la sensation d’être malade, et peut-être même renforcer nos impulsions sociales durant les périodes de pic de transmissibilité, intervenant avant l’apparition des symptômes.

Selon les chercheurs, il est essentiel de mieux comprendre comment le SARS-CoV-2 améliore son propre potentiel de transmission par le biais d’impacts comportementaux et psychologiques, afin de rendre ce dernier moins nocif et mortel.

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