Une méta-analyse a récemment mis en évidence une vaste gamme d’anomalies cérébrales chez les patients atteints de Covid-19, et révélé qu’environ un tiers de celles-ci étaient localisées au niveau du lobe frontal.

Des effets neurologiques nombreux

Si une perte soudaine de l’odorat et du goût faisait partie des premiers symptômes inhabituels signalés pour les patients atteints de Covid-19, des AVC, des crises d’épilepsie et un gonflement du cerveau (encéphalite) ont également été décrits, ainsi que des cas de confusion, de délire, d’étourdissements ou de trouble de l’attention. Depuis plusieurs mois, les médecins tentent de comprendre cette maladie et ses nombreuses manifestations semblant affecter le cerveau d’une manière que nous ne sommes pas en mesure d’expliquer complètement.

Dans le cadre de travaux présentés dans la revue Seizure : European Journal of Epilepsy, deux neurologues ont procédé à une méta-analyse des données disponibles afin d’avoir un meilleur aperçu de la façon dont le Covid-19 perturbe les schémas de fonctionnement normal du cerveau, pouvant être mesurés grâce à un électroencéphalogramme (EEG).

Issues de 84 études, les données portaient sur l’activité cérébrale de 620 patients ayant contracté le virus. La majorité d’entre eux étaient de sexe masculin et l’âge médian de 61 ans. Parmi les 420 patients pour lesquels les motifs de la demande d’EEG étaient précisés, la raison la plus fréquente était un état mental altéré. Deux tiers d’entre eux avaient souffert de délire, de coma ou de confusion, 30 % d’une crise d’épilepsie, tandis qu’une poignée avait expérimenté des problèmes d’élocution ou été victime d’un arrêt cardiaque.

Les chercheurs ont indiqué avoir tenu compte dans leur évaluation du fait que certains sujets présentaient une condition préexistante (comme la démence), susceptible d’altérer la lecture de l’EEG — Alexander Raths / Shutterstock.com

Un tiers des anomalies cérébrales localisées dans le lobe frontal

Les EEG des patients ont montré tout un éventail d’anomalies dans l’activité cérébrale, incluant schémas rythmiques anormaux et pics d’activité de type épileptique. L’anomalie la plus couramment observée étant un ralentissement global des ondes cérébrales, indiquant un dysfonctionnement général. Selon les chercheurs, ce dernier pourrait être le résultat d’une inflammation généralisée, induite par une réponse immunitaire de l’organisme plus forte face au Covid, ou lié à une réduction de l’afflux sanguin vers le cerveau, en raison d’une fonction cardiaque ou pulmonaire amoindrie.

Il s’est avéré qu’un tiers de toutes les anomalies détectées étaient localisées dans le lobe frontal, partie du cerveau responsable du raisonnement logique et de la prise de décision, contribuant à réguler nos émotions et également impliqué dans l’apprentissage. « Ces résultats indiquent que nous devons utiliser l’EEG pour un plus grand nombre de patients, ainsi que d’autres types d’imagerie cérébrale, comme l’IRM ou la tomodensitométrie, qui nous permettront d’examiner le lobe frontal de plus près », estime Zulfi Haneef, neurologue au Baylor College of Medicine de Houston et co-auteur de l’étude.

D’après les auteurs de l’étude, un EEG pourrait à l’avenir permettre de confirmer un diagnostic Covid-19, déceler certaines complications et suivre leur éventuel impact à long terme sur les fonctions cérébrales des patients. Malheureusement, dans l’état actuel des choses, les résultats ne donnent aucune indication sur la fréquence d’apparition de ces troubles au sein de la population générale, puisque seuls les patients atteints de Covid-19 ayant subi un test EEG ont été pris en compte dans l’analyse.

Il y a quelques mois, une équipe internationale de chercheurs avait montré que le SARS-CoV-2 pouvait infecter les cellules du cerveau humain — Semnic / Shutterstock.com

« Ces résultats confirment que le coronavirus peut sérieusement impacter notre santé neurologique »

« D’autres recherches sont nécessaires, mais ces résultats confirment que le coronavirus peut sérieusement impacter notre santé neurologique, et soulignent la nécessité d’explorer davantage ces domaines », note Haneef. « Les anomalies EEG affectant le lobe frontal semblent être courantes dans l’encéphalopathie Covid-19, et ont été décrites comme un biomarqueur potentiel lorsqu’elles sont enregistrées de manière cohérente. »

Alors que la pandémie se poursuit, les neurologues estiment que nous commençons tout juste à prendre conscience des conséquences durables de la maladie, avec des cas de patients « au long cours », souffrant de symptômes tenaces et d’une intense sensation de fatigue des mois après avoir été diagnostiqués.

« Beaucoup de personnes pensent qu’elles vont attraper la maladie, se rétablir et que tout va revenir à la normale », avance Haneef. « Mais ces résultats s’ajoutent aux preuves croissantes montrant qu’elle peut engendrer des problèmes à long terme. »

— DC Studio / Shutterstock.com

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