Le confinement mis en place afin de limiter la propagation du coronavirus fait craindre aux militants associatifs une forte augmentation des violences conjugales. En effet, les victimes se retrouvent enfermées avec leur bourreau, rendu d’autant plus irritable par l’enfermement. Elles sont donc encore plus exposées que d’habitude et subissent un isolement dangereux.

Le danger de l’enfermement

Les associations d’aide face aux violences conjugales tirent la sonnette d’alarme : le confinement va augmenter très fortement les violences, qu’elles soient physiques, psychologiques ou sexuelles, à l’encontre des victimes. Interrogé par Europe 1 ce dimanche 22 mars, le coprésident de l’association de parents d’élèves FCPE Rodrigo Arenas a confié avoir « énormément de remontées de violences conjugales et les enfants, qui sont au bout de la chaîne, s’en prennent plein la figure ». Avec le stress et la tension engendrés par l’épidémie et l’enfermement, l’échelle de violence peut rapidement augmenter. « Ça craque parce que l’on ne peut pas sortir, faire des activités. Le quotidien est profondément bouleversé », explique-t-il. « Il y a deux choses qui rendent dingues les gens : la chaleur et la promiscuité. On n’a pas la chaleur, mais on a la promiscuité. »

Même son de cloche du côte de la présidente de l’UNFF (Union nationale des familles de féminicides) Sandrine Bouchait : « Être confiné, c’est déjà compliqué pour des gens qui s’entendent bien. Alors, pour les victimes de violences conjugales, elles vont vivre un véritable calvaire. » En effet, elles vont devoir faire face à l’angoisse d’une promiscuité dangereuse, à la peur de se signaler et aux doutes sur la capacité des forces de l’ordre à intervenir rapidement, des doutes renforcés par la mobilisation de la police pour faire appliquer les mesures de confinement.

L’autre danger du confinement se manifeste auprès d’anciennes victimes, l’enfermement pouvant réveiller des souvenirs traumatiques. Caroline De Haas, membre du collectif #NousToutes, explique : « J’ai reçu plusieurs témoignages de femmes qui me disent ‘Je suis terrorisée quand je suis enfermée. J’ai besoin de sortir’. » Elle s’inquiète également d’une éventuelle augmentation « des cas de viols conjugaux« .

— Miriam Doerr Martin Frommherz / Shutterstock.com

Des victimes isolées avec leur bourreau

Françoise Brié, la présidente de la Fédération nationale Solidarité Femmes, explique à L’Express que le 3919, le numéro national d’urgence pour les victimes de violences conjugales, connaît, depuis le début du confinement, une forte baisse du volume de ses appels, passant d’environ 400 coups de fil par jour à une centaine. « Les femmes nous sollicitent moins, car elles sont, avec leur progéniture privée d’école, plus occupées que d’habitude. Mais ce n’est pas la seule raison : elles appellent aussi sans doute moins, parce qu’elles n’osent tout simplement pas le faire en présence de leur conjoint. Cela ne signifie absolument pas que les violences ont diminué. »

En effet, les victimes craignent leur bourreau et les contactent presque toujours lorsqu’elles sont seules. Avec le confinement, elles sont désormais surveillées toute la journée. Certaines sont obligées de se réfugier dans la salle de bains en laissant couler l’eau du robinet pour téléphoner en cachette. « Je sais que le confinement est indispensable pour endiguer l’épidémie dans notre pays, déclare Françoise Brié, mais il est dangereux pour celles qui se retrouvent enfermées chez elles avec un homme dont elles ont peur. » 

Liliane Daligand, médecin-psychiatre et présidente de Viffil SOS Femmes, une association basée à Lyon qui trouve des solutions d’hébergement à des femmes victimes de violences, explique à l’AFP qu’ « il faut prendre en charge les femmes en trauma qui ont besoin de déverser ce qui est trop lourd à porter. Malgré les consignes de confinement, s’il y a danger imminent, il faut partir et ne pas risquer sa vie. » Un droit que tient à rappeler l’organisme #NousToutes.

Marlène Schiappa annonce la mise en place d’aides

Dans un communiqué, Marlène Schiappa a indiqué, ce vendredi 20 mars, que les numéros d’écoute, les plateformes gouvernementales, l’accompagnement dans des hébergements d’urgence et les procès au pénal contre les agresseurs seraient maintenus. Un plan de continuité est mis en place pour le 3919, qui est de nouveau disponible depuis le lundi 23 mars. De son côté, la plateforme arretonslesviolences.gouv.fr, qui “permet aux victimes de violences de dialoguer avec les forces de l’ordre de manière anonyme”, restera active 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Par ailleurs, « les accueils de nouvelles femmes » dans des centres d’hébergement d’urgence, qui sont déjà saturés, et « le traitement des contentieux essentiels, et notamment les affaires de violences conjugales » sont maintenus. Cela concerne par exemple les « ordonnances de protection« , les « présentations devant le juge d’instruction et le juge de la liberté et de la détention » et les « procédures d’urgence devant le juge civil pour l’éviction du conjoint violent« , avait-elle précisé par la suite.

Pour Caroline De Haas cependant, « on ne peut pas uniquement reproduire les mêmes dispositifs, il faut en créer des spécifiques face à cette crise. Créer de nouveaux outils de signalement, proposer des appels 24/24… »

La France n’est pas le seul pays à faire face à ce problème. Un ancien policier de la province du Hubei, fondateur d’une association de lutte contre les violences conjugales, avait indiqué qu’au mois de février, les agressions au sein du couple auraient triplé en comparaison avec l’année précédente. En Espagne, un service de messagerie instantanée avec géolocalisation a été instauré, ainsi qu’un service de discussion instantanée avec assistance psychologique.

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