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Si vous essayez de vous fondre dans la masse ou d’éviter d’attirer l’attention, porter une tenue brillante n’est sans doute pas la solution à privilégier. Pourtant, arborer des teintes étincelantes permet à certaines espèces de tromper la vigilance de leurs prédateurs.

Une théorie remontant au début du XXe siècle

L’idée que l’iridescence, qui caractérise la propriété de certaines surfaces à changer de teinte selon l’angle de vue ou l’éclairage, puisse être un moyen de camouflage pour certains animaux est loin d’être nouvelle. Souvent considéré comme le « père du camouflage », Abbott Thayer avait en effet émis il y a plus d’un siècle l’hypothèse qu’arborer des teintes et reflets irisés permettait à certaines créatures de se fondre dans leur environnement. Mais jusqu’à récemment, cette affirmation avait été difficile à prouver.

« Quand la plupart des gens pensent à des couleurs irisées, ils évoquent généralement les paons, dont les plumes colorées permettent d’attirer l’attention de potentielles partenaires et non d’échapper à d’éventuels prédateurs », note Karin Kjernsmo, chercheuse à l’université de Bristol et et auteure principale de cette nouvelle étude parue dans la revue Current Biology.

C’est en étudiant une espèce particulière de coléoptères irisés, que l’on trouve principalement dans les pays du sud de l’Asie et souvent utilisés pour la confection de bijoux, que les chercheurs britanniques sont finalement parvenus à démontrer la théorie de Thayer. Pour ce faire, ils ont disséminé des élytres de coléoptères (certains étant de véritables ailes de coléoptères irisées et d’autres des ailes de scarabées recouvertes de vernis à ongles de différentes teintes) dans une zone boisée et étudié les réactions de leurs prédateurs.

Moins de 20 % des ailes irisées identifiées

Après deux jours d’expérience, les chercheurs britanniques ont conclu que les ailes irisées étaient moins susceptibles d’être repérées et attaquées par des oiseaux affamés. Mais, afin de s’assurer que c’était bien ces teintes particulières qui offraient aux insectes un meilleur camouflage, ils ont ensuite invité des sujets humains à évoluer dans la zone et à en identifier un maximum. Et il s’est avéré que 80 % des ailes recouvertes de vernis à ongles ont été repérées contre moins de 20 % des véritables ailes irisées.

« Si leurs couleurs chatoyantes les rendaient plus visibles, les insectes iridescents auraient normalement dus être repérés plus facilement. Or, c’est précisément l’inverse qui s’est produit », note Kjernsmo, qui émet l’hypothèse que ce type de camouflage contribue à briser les formes ou les contours typiques d’un animal en projetant un motif contrasté. Toutefois, la scientifique estime que de nouvelles recherches seront nécessaires afin de comprendre le mécanisme exact transformant ces couleurs scintillantes en « cape d’invisibilité ».

« Peut-être commençons-nous enfin à comprendre pourquoi ces couleurs magnifiques et changeantes, que l’on retrouve également chez les poissons, serpents et oiseaux, sont si répandues sur le plan taxonomique », conclut la scientifique.

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