Alors qu’il s’agit d’une espèce protégée, des centaines de choucas des tours vont être abattus sur ordre des préfectures de l’Ouest de la France. Ces volatiles sont accusés de perturber l’équilibre d’exploitations agricoles en se nourrissant des semences de soja, de tournesol et de maïs. Pourtant, une telle technique est particulièrement inefficace.

12 000 choucas des tours abattus d’ici la fin de l’année en Bretagne

Comme chaque année, les préfectures du Maine-et-Loire, du Morbihan, du Finistère et des Côtes-d’Armor ont déposé un arrêté autorisant par dérogation l’abattage de choucas des tours, ces petits corvidés aussi appelés Coloeus monedula et accusés de perturber l’équilibre des terres agricoles en se nourrissant des semences de soja, de tournesol et de maïs dans les champs. Rien qu’en Maine-et-Loire, ce sont 500 volatiles qui vont être tués par plus d’une centaine de chasseurs et d’agriculteurs. Dans l’ensemble de la Bretagne, 12 000 de ces oiseaux devraient être abattus d’ici la fin de l’année 2020.

Pourtant, les choucas des tours sont une espèce protégée par un arrêté ministériel de 1987 et par la directive européenne sur les oiseaux depuis 2009. Par ailleurs, s’ils sont bien plus nombreux depuis le début des années 2000, leur nombre a peu augmenté depuis qu’ils ont commencé à être réellement protégés.

Bien évidemment, les associations de protection de la nature, dont notamment l’ONG spécialisée dans la recherche, la protection et les soins de la dizaine d’espèces de corvidés de France, Crowlife, située dans le Maine-et-Loire, sont contre une telle mesure. “Les choucas des tours sont des oiseaux essentiellement insectivores, mais le système agricole leur fournit sur un plateau des semences à manger. Le problème pourrait être réglé en ne semant pas tout de suite après le labour pour que les oiseaux se repaissent en priorité des insectes exhumés par la charrue et en semant plus profond”, a expliqué Éric de Romain, membre du conseil d’administration de l’association et agriculteur.

— Jesus Cobaleda / Shutterstock.com

Si les couples établis pour la vie défendent leur espace, les jeunes peuvent se déplacer sur de longues distances”

Si les préfectures souhaitent les abattre, les scientifiques expliquent pourtant que cette solution est inefficace et inadaptée. “Les dégâts sont occasionnés dans les régions où voisinent la culture du maïs ensilage pour la nourriture des animaux et l’élevage en prairie de bovins. Les jeunes s’habituent aux grains en se nourrissant dans les silos d’entrepôt de maïs l’hiver et en picorant dans les bouses des vaches selon les observations que nous avons pu faire”, a notamment rapporté Frédéric Jiguet, chercheur au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN). Les choucas des tours se nourrissent donc simplement de ce que leur offre l’agriculture. 

Les scientifiques ont également expliqué que cette décision n’est pas suffisamment efficace pour réduire le nombre de ces oiseaux et donc perturber les semences. “C’est le mode de vie de tous les corvidés. Si les couples établis pour la vie défendent leur espace, les jeunes peuvent se déplacer sur de longues distances, ce que montrent quelques rares enquêtes car ce sujet a jusqu’ici été peu investigué”, comme l’a expliqué Frédéric Jiguet.

En mars 2017, une étude, publiée dans Scientific Reports, décrivait le fonctionnement social des groupes de corbeaux. Celle-ci montrait également les phénomènes de regroupement et de dispersion encore mal interprétés au sujet de ces volatiles. 

Limiter les accès à la nourriture serait bien plus efficace

Frédéric Jiguet a alors décidé de réaliser une expérience similaire à la demande du Sénat. “Cette institution est en charge de l’entretien du jardin du Luxembourg. Or, les gazons et parterres étaient détruits par des bandes de corneilles recherchant des insectes présents dans le sol, et les oiseaux importunaient les passants en recherchant de la nourriture. Les captures et les effarouchements n’avaient aucun effet. On nous a demandé d’intervenir.” Les chercheurs du MNHN ont donc équipé des oiseaux de GPS afin de connaître leur provenance. “Certains d’entre eux arrivaient de Reims ou de Troyes !” Il ne sert donc à rien de les tuer car ils seront toujours remplacés par d’autres de leurs congénères. “Il vaut mieux couvrir les poubelles pour les empêcher de se nourrir de déchets et laisser l’herbe des gazons plus haute car cela les empêche de retourner la terre”, a finalement conclu Frédéric Jiguet.

Par ailleurs, certaines solutions moins coûteuses que de les abattre pourraient également être mises en place, comme la mise en oeuvre de grilles au-dessous de cheminées. En effet, nombreux sont les choucas qui y installent leurs nids. En outre, l’université de Rennes va réaliser cette année plusieurs études scientifiques au sujet des déplacements et des habitudes de ces oiseaux.

A l’échelle de la France, tirer sur les choucas qui perturbent les agriculteurs est également une solution qui est en train d’être débattue. Quatre espèces de corvidés sont concernées : le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde et le geai des chênes. Mais cette pratique est problématique pour la biodiversité et en ce qui concerne la disparition de nombreux animaux sauvages. De “nuisibles”, ils sont désormais classés comme “susceptibles d’occasionner des dégâts”. Cette nouvelle appellation ne change néanmoins rien au fait que des choucas des tours vont être abattus, alors que les scientifiques ont bien montré qu’il ne s’agit absolument pas d’une bonne solution.

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athena

Abattre 12000 Choucas, quelle horreur ! Juste pour la jouissance des chasseurs et agriculteurs, souvent chasseurs ! J’en ai sauvé un tout bébé, élevé, et je vois tous les jours combien il est gentil et intelligent. Les Bretons seraient-ils devenus des abrutis sanguinaires ? La honte ! J’invite les amis… Lire la suite »