amazonie
Image d’illustration — © The French Travel Photographer / Flickr

Longtemps perçue comme une forêt tropicale presque vierge, l’Amazonie est en train de révéler ses secrets grâce à l’avancée de la technologie Lidar en archéologie. Une nouvelle étude pointe l’existence de milliers de sites archéologiques humains qui n’ont pas encore été découverts. Ce travail pourrait non seulement réécrire l’histoire de l’Amazonie, mais également influencer les droits fonciers des populations indigènes.

Un regard plus approfondi sur le bassin amazonien

Le bassin amazonien, d’une superficie de 6,7 millions de kilomètres carrés, est un vivier de biodiversité, abritant environ 16 000 espèces d’arbres. Jusqu’à récemment, la croyance populaire et même scientifique supposait que cette immense étendue était relativement indemne de l’influence humaine. 

Cependant, Vinicius Peripato, chercheur en télédétection à l’Institut national brésilien de recherche spatiale, et une équipe de plus de 130 collègues ont commencé à remettre en question cette idée. En utilisant des données Lidar déjà collectées par le gouvernement brésilien, ils ont exploré l’ensemble du bassin amazonien. 

Ils ont scruté une petite fraction du bassin et ont découvert non seulement des structures humaines déjà connues, mais aussi 24 nouvelles constructions, y compris des sites cérémoniels et des structures mégalithiques. Ces données ne représentent toutefois que 0,1 % de la superficie totale de l’Amazonie. 

Le Lidar et son impact sur l’archéologie

La technologie Lidar (Light Detection and Ranging) a révolutionné le domaine de l’archéologie en permettant aux chercheurs de « voir » au travers de la végétation dense et même du sol. Contrairement à l’imagerie satellite, qui a ses limites dans des environnements comme la forêt amazonienne, le Lidar fournit des données beaucoup plus précises. 

Il a déjà été utilisé pour découvrir un site vieux de 3 000 ans au Mexique en 2021. L’année dernière, des chercheurs ont décrit des sites anciens associés à la civilisation Casarabe en Amazonie bolivienne grâce à cette technologie. Mais l’ampleur et la portée de cette nouvelle étude sont sans précédent. 

L’analyse de 5 315 kilomètres carrés de données Lidar a permis d’identifier plus de 900 travaux de terrassement humains déjà connus, tels que des fossés et des géoglyphes. Grâce à ces nouvelles données, les chercheurs ont pu créer un modèle pour prédire où d’autres sites pourraient se trouver. Selon leurs estimations, environ 16 187 sites de terrassement restent à découvrir, ce qui signifierait que plus de 90 % de ces anciennes structures sont encore cachées sous la canopée.

Les répercussions de la découverte

Takeshi Inomata, archéologue à l’université de l’Arizona qui avait dirigé une étude similaire au Mexique, souligne que ces résultats sont cruciaux pour la compréhension de l’histoire humaine de la région. La plupart des travaux de terrassement non découverts sont estimés être situés dans le sud-ouest du bassin, ce qui cadre avec les découvertes précédentes, note Daiana Travassos Alves, archéobotaniste à l’université fédérale de Pará.

Les découvertes pourraient avoir des implications majeures pour les peuples indigènes d’Amazonie. Eduardo Neves, archéologue à l’université de São Paulo, affirme que ces résultats « constituent une preuve tangible de l’occupation d’un ancêtre, de son mode de vie et de la relation qu’il entretenait avec la forêt ». Ainsi, ces nouvelles données pourraient renforcer les revendications territoriales des communautés indigènes, un sujet particulièrement sensible au Brésil.

En outre, l’étude révèle un lien étroit entre la présence de travaux de terrassement et 35 espèces d’arbres domestiqués, tels que les noix du Brésil et les hévéas du Pará. Cela corrobore des recherches antérieures indiquant que ces espèces sont plus abondantes à proximité des sites archéologiques. Ces données suggèrent une longue histoire de gestion de l’environnement par les peuples anciens et soulignent la nécessité de protéger l’Amazonie non seulement en tant que havre de biodiversité, mais aussi en tant que patrimoine bioculturel. 

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