Un couple de Salganea taiwanensis — © Osaki and Kasuya / Ethology Creatives Commons 2021

Des cafards asiatiques mâles et femelles représentent l’un des rares couples d’insectes susceptibles de se lier véritablement pour la vie. Chez cette espèce, le secret de l’amour durable semble résider dans le cannibalisme mutuel.

Un improbable rituel post-coïtal

Dans le cadre de travaux présentés dans la revue Ethology, des chercheurs japonais ont constaté que les représentants de l’espèce Salganea taiwanensis se livraient à un improbable rituel post-coïtal. Vingt-quatre couples d’insectes prélevés dans les forêts japonaises ont été filmés sur une période de 3 jours, ce qui a permis à l’équipe de constater que ceux-ci se dévoraient mutuellement les ailes.

Une analyse menée sur le terrain a montré qu’il s’agissait d’un phénomène extrêmement répandu : 99 % des cafards adultes possédant une progéniture présentaient des moignons d’ailes semblant avoir été mâchés.

Si le cafard cannibalisé restait totalement immobile après l’accouplement la grande majorité du temps, il arrivait que la « victime » secoue violemment son corps à gauche et à droite, ce qui poussait parfois son compagnon à s’arrêter. Dans la moitié des couples, le festin se poursuivait jusqu’à ce que les quatre ailes aient complètement disparu, avec des animaux se relayant pendant plusieurs jours pour réaliser cette tâche.

Le cannibalisme sexuel a été documenté chez d’autres espèces d’insectes, incluant les mantes religieuses et les araignées, mais il implique généralement que la femelle consomme le mâle d’une manière qui lui est fatale. L’inverse est rare, et un tel acte mutuel tout à fait unique. Par conséquent, le type de cannibalisme observé par les chercheurs japonais chez les cafards suggère qu’une véritable monogamie est possible dans la nature.

Croquis montrant un cafard en train de dévorer les ailes de son partenaire — © Haruka Osaki / Ethology Creatives Commons 2021

Amour éternel

Les ailes des cafards n’étant pas faites de chair, mâcher ces appendices ne fournit probablement pas un important apport nutritif à leur compagnon. L’équipe estime que cet acte mutuel vise avant tout à augmenter la survie des insectes, afin qu’ils puissent élever la progéniture pendant des années et réduire le risque « d’infidélité ».

Après avoir quitté leur lieu de naissance et trouvé un compagnon, les cafards xylophages s’établissent à l’intérieur d’une souche en décomposition, où ils élèvent leurs petits, en partageant la charge parentale. D’après les chercheurs japonais, dans un espace aussi retreint, leurs ailes se révèlent probablement peu utiles, et pourraient également les rendre vulnérables aux acariens et aux infections.

Il est extrêmement rare que des cafards incapables de voler croisent la route d’un autre couple. Le simple fait de quitter leur abri les prive de leur principale source de nourriture, et sans leurs ailes, ceux-ci sont également plus susceptibles d’être attaqués par des prédateurs. Par conséquent, le fait de se dévorer mutuellement les ailes pourrait représenter la plus belle « preuve d’amour » pour ces insectes, assurant la survie du partenaire, sa fidélité et sa capacité à élever sa progéniture.

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