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Brennilis devait être une vitrine du démantèlement nucléaire, son chantier durera finalement 55 ans

Dix-huit ans de fonctionnement, cinquante-cinq ans pour en effacer les traces. Dans les monts d’Arrée, le démantèlement de Brennilis raconte une histoire vertigineuse, faite d’expérimentation, de procédures et de surcoûts. Comment un petit réacteur est-il devenu un chantier d’un demi-siècle ?

Vue du chantier de démantèlement de la centrale nucléaire de Brennilis, avec le bâtiment réacteur, des grues et des ouvriers.
La centrale nucléaire de Brennilis, dans le Finistère, fait l’objet d’un démantèlement complexe qui doit se poursuivre jusqu’aux environs de 2040 – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Brennilis, un prototype nucléaire unique conçu comme laboratoire industriel expérimental

Au milieu des tourbières du Finistère, la silhouette de Brennilis semble presque incongrue. Son réacteur EL4 entre en service en 1967 avec une mission ambitieuse : tester une technologie française utilisant de l’eau lourde et du gaz carbonique. Avec seulement 70 mégawatts électriques, l’installation ressemble davantage à un laboratoire grandeur nature qu’aux centrales actuelles.

L’expérience tourne pourtant court. Dès les années 1970, la France choisit les réacteurs à eau pressurisée, plus faciles à standardiser. Brennilis devient alors un prototype sans descendance. En 1985, après dix-huit années d’existence industrielle, les équipes arrêtent définitivement le site, qui laisse derrière lui une machine unique que personne ne sait encore démonter pièce par pièce.

Un démantèlement ralenti par contraintes techniques, juridiques et dérives budgétaires

Sur le papier, Brennilis devait servir de vitrine au savoir-faire français. Les équipes retirent le combustible, démolissent plusieurs bâtiments et démontent les grands échangeurs de chaleur. Mais lorsqu’elles s’approchent du bloc réacteur, là où se concentre la radioactivité résiduelle, le scénario se complique brutalement. Chaque opération exige des équipements spécifiques et des précautions inédites.

Les obstacles ne sont pas uniquement techniques. En 2007, le Conseil d’État annule le premier décret autorisant le démantèlement complet, notamment pour des insuffisances dans l’information du public. Le chantier subit alors plusieurs longues interruptions. Pendant ces périodes, les équipes doivent maintenir la surveillance du site, assurer l’entretien des installations et gérer les équipes spécialisées.

La facture suit la même trajectoire que le calendrier. La Cour des comptes évaluait déjà l’opération à 482 millions d’euros au milieu des années 2000. Elle grimpe ensuite autour de 850 millions. Les comptes 2025 d’EDF mentionnent encore 90 millions d’euros de surcoûts potentiels liés au bloc réacteur, preuve que l’addition reste instable.

Des technologies robotisées pour intervenir au cœur des zones les plus radioactives

Le décret de démantèlement complet obtenu en septembre 2023 permet désormais d’attaquer la partie la plus délicate. Des ateliers blindés accueilleront des outils téléopérés capables de découper les structures activées sans exposer directement les travailleurs aux zones les plus irradiantes. Ici, les gestes empruntent autant à la robotique qu’à la chirurgie.

Cette lenteur ne signifie pas que l’ensemble du site présente le même danger. Une grande partie des matières radioactives a déjà quitté les lieux. La difficulté se concentre dans certains composants qui ont subi des années de bombardement neutronique. Selon l’Autorité de sûreté nucléaire, démanteler implique aussi d’assainir les structures, de trier les déchets et de contrôler les sols.

Un chantier emblématique qui redéfinit la notion de fin de vie des centrales nucléaires

EDF prévoit la démolition de l’enceinte du réacteur puis la réhabilitation du terrain autour de 2040. Entre l’arrêt de 1985 et ce retour attendu à un site assaini, cinquante-cinq années s’écouleront. La centrale nécessitera donc environ trois fois plus de temps pour disparaître que pour fonctionner et produire de l’électricité.

La comparaison reste toutefois trompeuse. Brennilis était un prototype isolé, tandis que les réacteurs français plus récents appartiennent à des séries standardisées. Les ingénieurs pourront réutiliser certaines méthodes, outils et retours d’expérience. L’ASN rappelle néanmoins que chaque installation possède ses propres contraintes et que 36 installations nucléaires étaient déjà arrêtées ou en démantèlement fin 2023.

Le site breton agit ainsi comme un avertissement autant que comme un laboratoire. Produire de l’électricité nucléaire ne se résume pas aux années durant lesquelles une turbine tourne. Il faut compter l’après, les déchets, la surveillance et les décennies de travaux. Brennilis pose finalement une question simple : à quel moment une centrale cesse-t-elle réellement d’exister ?

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