
À Bornéo, des chercheurs ont documenté la prolifération de guêpes prédatrices, menaçant une relation symbiotique entre fourmis et végétaux existant depuis des millions d’années.
Squatteuses ailées
Alors qu’ils inspectaient les tiges de la plante tropicale Macaranga pearsonii, dont les cavités sont connues pour abriter d’importantes populations de fourmis qui les protègent des ravageurs, Dan Lestina et ses collègues ont observé des altérations inhabituelles. En examinant de plus près ces sections, l’équipe a découvert qu’elles étaient remplies de mouches dévorées vivantes par des larves de guêpes Dasyproctus agilis.
« Les adultes chassent et paralysent les mouches, avant de les stocker à l’intérieur des cavités de la plante pour nourrir leurs petits », détaillent les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue PeerJ.
L’analyse de 213 spécimens de M. pearsonii a révélé que le problème était répandu à Sabah, dans la partie malaisienne de l’île de Bornéo. Selon Lestina, il s’agit du premier exemple de l’utilisation d’une plante de la famille des Euphorbiacées comme site de nidification pour cette espèce de guêpes.
Predatory wasps are colonizing Macaranga ant-plants in disturbed Bornean forests, displacing protective ants and potentially weakening forest regeneration and long-term plant defenses. https://t.co/IDIfOjnsYa https://t.co/teqkSgn6cB
— Phys.org (@physorg_com) April 15, 2026
Il s’est par ailleurs avéré que ce scénario était nettement plus fréquent dans les zones dédiées à la culture de palmiers à huile. Alors qu’un M. pearsonii sur 41 était touché dans les sections déboisées, 12 sur 43 étaient concernés près des plantations. Un phénomène que l’équipe lie potentiellement à l’utilisation généralisée de pesticides, qui affecteraient moins les espèces généralistes telles que D. agilis.
Une relation mutualiste en péril
Sans surprise, les plantes « squattées » par les guêpes présentaient des populations de fourmis nettement plus faibles. Suggérant que les premières les chassent, cette situation met en péril un équilibre remontant à au moins 10 millions d’années : constituant un refuge précieux pour les fourmis, M. pearsonii bénéficie en retour de leur présence, qui limite les attaques des chenilles et d’autres insectes herbivores.
« La disparition d’avantages mutualistes peut entraîner des changements évolutifs à long terme », notent les chercheurs.
Dans l’ensemble, une telle situation illustre une nouvelle fois la fragilité des habitats de nombreuses espèces essentielles. « Nous ne savons pas si cette guêpe est indigène ou introduite, mais sa propagation est clairement liée à la perturbation de l’environnement », concluent les chercheurs.
En début d’année, une étude avait montré que chez certaines fourmis, le sacrifice était le remède à la maladie.
Par Yann Contegat, le
Source: IFL Science
Étiquettes: plante, guepe, fourmi
Catégories: Actualités, Animaux & Végétaux