Au Brésil, la croisade des anti-avortement est repartie de plus belle et prend un tournant de plus en plus radical. Ce dimanche 16 août, des militants, la plupart évangélistes, ont manifesté devant l’hôpital où une petite fille de 10 ans, violée par son oncle, devait subir une interruption de grossesse. La ministre des Droits des femmes elle-même avait déploré la décision de justice autorisant l’interruption volontaire de grossesse. Au Brésil, avorter est déjà extrêmement compliqué et autorisé que sous certaines conditions. Jair Bolsonaro, élu avec l’aide des évangélistes, avait affirmé que, lui au pouvoir, la législation n’évoluerait pas. Cette histoire en dit long sur la situation dramatique dans ce pays.

La petite fille a dû parcourir 1 500 km pour avoir accès à l’avortement autorisé par la justice

Le 7 août dernier, la petite fille de 10 ans se rend à l’hôpital après s’être plainte de douleurs abdominales. Son état de grossesse est décrété : elle était violée par son oncle, et affirme que cela se produisait depuis qu’elle avait 6 ans. Intimidée par ce dernier, elle n’a pas osé le dénoncer. L’homme, âgé de 33 ans, a été arrêté et mis en examen pour viol.

L’enfant a dû parcourir 1 500 km pour trouver une clinique acceptant de pratiquer l’intervention. Pourtant, la justice avait tenu compte du viol pour autoriser la fillette à avoir recours à une IVG. Elle s’est donc rendue à Recife, car le premier hôpital de son État avait refusé de s’occuper d’elle, arguant de « difficultés techniques », car elle en était à son 5e mois de grossesse. Une fois arrivée sur place, une foule de militants anti-avortement, ainsi que des hommes politiques, attendaient la petite fille et les personnes qui l’accompagnaient. Ils ont même tenté de les empêcher d’entrer en les malmenant. Pourtant, le lieu avait été gardé secret. C’est Sara Giromini, alias Sara Winter, qui a dévoilé l’identité de la petite fille ainsi que le lieu où elle devait être prise en charge. Elle est désormais poursuivie pour incitation à la haine. Ancienne militante féministe devenue militante anti-avortement, elle avait appelé à voter Jair Bolsonaro. Dans la vidéo où elle dévoile ces informations, elle tient une poupée en plastique de la taille d’un foetus en déclarant qu’il s’agit d’« une violation extrêmement grave des droits de la personne ! ». Mais ce n’est pas tout : les informations qu’elle a divulguées ont été confirmées par Damares Alves, ministre de la Famille, de la Femme et des Droits humains, et pasteure évangélique.

Image d’illusration ― Pixel-Shot / Shutterstock.com

Au Brésil, avorter reste pratiquement illégal

Des militantes féministes sont, de leur côté, venues porter assistance à la petite fille. Gabriela Rondon, avocate du mouvement pro-choix Anis, affirme que « les lois du Brésil sont clairement inadéquates et mettent en danger des millions de femmes. Selon nos chiffres, un demi-million de femmes doivent se soumettre chaque année à des avortements illégaux. C’est presque une femme par minute. » La petite fille a pu finalement entrer discrètement dans l’hôpital.

Cette histoire illustre la situation tragique des femmes brésiliennes face à la nécessité de recourir à un avortement. Ainsi, cette opération n’est autorisée qu’en cas de viol, de danger pour la vie de la mère où lorsque l’enfant souffre d’anencéphalie, malformation congénitale mortelle. Avec la pandémie de Covid-19, elles avaient de plus en plus de difficultés à avoir recours à une IVG, à cause de la fermeture des frontières qui les empêchaient de se rendre dans les pays voisins plus libéraux sur le sujet.

Depuis l’élection de Jair Bolsonaro, élu avec l’aide des évangélistes, la législation n’est pas près d’évoluer. Le 23 avril dernier, il déclarait : « Tant que je serai président, il n’y aura pas de [légalisation de l’IVG]… » Pourtant, comme le rappelle El País Brasil, une petite fille est violée toutes les heures dans ce pays. Les chiffres sont alarmants : ainsi en 2018, 53,8 % des 66 000 viols enregistrés concernaient des mineures de moins de 13 ans.

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RUSTINETTE
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RUSTINETTE

ah monde PATRIARCAL pauvre enfant, les pauvres enfants, les évangéliste bande de tarés extrémistes, égoïstes et assassins. aucun homme n’a le droit de prendre une décision concernant le corps de la femme surtout que c’est vous les hommes qui violent les fillettes et les femmes alors il est grand temps… Lire la suite »

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Point de vue

Bonjour, Nous sommes d’accord la vie des femmes n’est pas facile et on profite souvent d’elles. La véritable source du problème sont les hommes qui abusent des enfants, des filles et des femmes. On ne doit pas oublier qu’en cas de grossesse il y a deux corps de deux êtres… Lire la suite »