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Au Brésil, avorter est un véritable parcours du combattant pour les femmes. L’avortement est effectivement illégal, puni de trois ans d’emprisonnement et autorisé que sous certaines conditions particulières. Autre problématique : la pandémie de coronavirus a rendu encore plus complexe la possibilité pour les femmes de se faire avorter. 

Une situation encore plus complexe à cause du coronavirus

Au Brésil, l’avortement est encore une pratique illégale, punie de trois ans d’emprisonnement. De plus, elle n’est autorisée qu’en cas de viol, de danger pour la vie de la femme ou bien lorsque le fœtus souffre d’une anencéphalie, malformation congénitale mortelle. Chaque année, ce sont environ 500 000 à 1 million de femmes qui avortent au Brésil. Seulement 1 600 d’entre elles avortent de manière légale. Avorter est donc particulièrement complexe dans ce pays. Néanmoins, la situation a redoublé de complexité ces derniers mois : la pandémie de coronavirus a rendu encore plus difficiles les démarches pour une femme de pratiquer une interruption volontaire de grossesse (IVG). 

Généralement, nombreuses sont les femmes ayant les moyens de se rendre en Colombie afin d’avorter. Néanmoins, le Covid-19 a provoqué la fermeture des frontières et la suspension des vols au-delà du territoire brésilien. Par ailleurs, celles n’ayant pas suffisamment de moyens se rendent dans des cliniques clandestines ou bien avortent seules chez elles en se procurant des médicaments particulièrement dangereux voire inefficaces de manière illégale. Ce sont alors plus de 200 000 femmes qui sont hospitalisées chaque année suite à des complications. Environ 200 en perdent même la vie, comme l’a rapporté le ministère de la Santé. Et pendant le coronavirus, tout cela était loin d’être aisé : les hôpitaux ayant été saturés et près de la moitié des unités de soins publiques permettant de se faire avorter ont actuellement fermé leurs portes. 

De plus en plus d’appels à l’aide

On reçoit de plus en plus d’appels à l’aide : autour de 120 femmes par mois, contre 60 avant la crise. Beaucoup d’entre elles cherchent aujourd’hui des alternatives illégales et sont désespérées. Certaines nous disent qu’elles sont prêtes à traverser l’Amazonie et la frontière à pied pour pouvoir sortir du pays”, a rapporté Juliana Reis, fondatrice de Milhas pela Vida das Mulheres, ONG aidant les femmes voulant avorter à acheter des billets d’avion pour l’étranger. 

A chaque fois, il y a urgence : l’avortement, c’est quelque chose d’urgent qui, à la différence de beaucoup d’opérations, ne peut pas être remis à plus tard”, a ajouté la fondatrice. Néanmoins, la situation ne risque pas de s’améliorer dans les hôpitaux, le Brésil ayant franchi la barre du million de cas de Covid-19 à la fin du mois de juin. 

Tant que je serai président, il n’y aura pas de légalisation de l’IVG

Autre complication : Jair Bolsonaro, président brésilien, “défend la vie dès la conception”, comme l’a rappelé Damares Alves, ministre de la Famille. Par ailleurs, le coronavirus n’a pas fait baisser les bras aux anti-IVG : au début du mois de juin, une annonce du ministère de la Santé appelant les hôpitaux à permettre l’accès à l’avortement de manière légale durant la crise est allée jusqu’à provoquer une vague d’indignation de la part de militants et du président en personne. Ainsi, une véritable chasse aux sorcières a été lancée, le texte annulé et les auteurs de celui-ci ont perdu leurs fonctions. Raphael Camara Medeiros Parente, gynécologue anti-IVG défendant l’abstinence sexuelle, a de surcroît été nommé à la tête du secrétariat du ministère chargé des soins de santé primaires. 

Tant que je serai président, il n’y aura pas de légalisation de l’IVG”, avait également affirmé Jair Bolsonaro le 23 avril dernier. “Sincèrement, tant que Jair Bolsonaro est au pouvoir, je pense qu’aucune avancée sur ce sujet n’est possible. Pour l’instant, tout ce qu’on peut faire, c’est résister, et empêcher un trop grand recul”, a réagi Sâmia Bomfim, députée du Parti socialisme et liberté (PSOL).

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Nicolas HERNANDES
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Nicolas HERNANDES

Je rajouterai : non seulement l’IVG est interdit au niveau légal, mais les mentalités conservatrices n’aident pas. Toute cette pression mentale exercée sur une personne déjà fragile, déboussolée…

Au Nord du pays, Belem en l’occurence, il n’est pas rare pour une famille de renier leur enfant qui fait un IVG…