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Au Kansas et au Texas, l’aquifère Ogallala s’épuise plus vite qu’il ne se recharge naturellement

Sous des millions d’hectares de cultures américaines dort une réserve d’eau si vaste qu’elle a transformé les Grandes Plaines. Pourtant, au Kansas et au Texas, les pompes la vident bien plus vite que la pluie ne la recharge. Certains puits ont déjà perdu plus de 80 mètres. Jusqu’où peut descendre l’Ogallala ?

Système d’irrigation circulaire dans un champ des Grandes Plaines, avec deux agriculteurs observant les installations au-dessus de l’aquifère Ogallala.
Dans les Grandes Plaines, l’agriculture irriguée dépend fortement de l’aquifère Ogallala, dont le niveau baisse depuis plusieurs décennies au Kansas et au Texas – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Dans les années 1950, les Grandes Plaines découvrent un trésor caché sous leurs champs

À première vue, rien ne trahit sa présence. Sous le blé, le maïs et le coton s’étend pourtant un gigantesque réservoir souterrain fait de sables, de graviers et de limons. L’aquifère des Hautes Plaines couvre environ 450 000 km² dans huit États américains, du Dakota du Sud jusqu’au Texas.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’arrivée de pompes puissantes bouleverse l’agriculture régionale. Une eau longtemps inaccessible permet soudain d’irriguer des territoires semi-arides à grande échelle. Le problème apparaît quelques décennies plus tard : ce stock n’est pas inépuisable. Les prélèvements massifs font baisser la nappe beaucoup plus rapidement qu’elle ne peut se reconstituer.

Le chiffre qui donne le vertige : certains points ont perdu plus de 80 mètres d’eau

Les mesures de l’US Geological Survey racontent cette histoire avec une précision presque inquiétante. Entre la période précédant l’irrigation intensive, autour de 1950, et 2019, le niveau moyen de l’aquifère a reculé d’environ cinq mètres. Une moyenne trompeusement rassurante, car les écarts régionaux sont considérables.

Dans certains puits texans suivis par les scientifiques, la baisse atteint 265 pieds, soit près de 81 mètres. À l’échelle de l’ensemble de l’aquifère, environ 286 millions d’acres-pieds (environ 353 000 milliards de litres) d’eau récupérable ont disparu depuis le début du développement intensif, soit approximativement 10 % du stock estimé.

Le contraste géographique est frappant. Certaines parties du Nebraska ont connu des niveaux relativement stables, voire localement en hausse, tandis que le Texas et l’ouest du Kansas concentrent les pertes les plus spectaculaires. Ce n’est donc pas l’Ogallala tout entier qui s’effondre uniformément, mais surtout ses secteurs méridionaux soumis à une irrigation intense.

Pourquoi quelques années de pluie ne suffiront jamais à réparer des décennies de pompage

Un aquifère n’est pas un lac souterrain que chaque orage remplirait aussitôt. L’eau doit traverser le sol puis les couches géologiques avant d’atteindre la nappe. Dans les secteurs les plus secs, une large part des précipitations repart dans l’atmosphère. La recharge naturelle reste donc très lente, particulièrement au sud.

Au Kansas, l’écart est parlant. Le Kansas Geological Survey estime la recharge naturelle annuelle de la partie Ogallala à environ 0,75 million d’acres-pieds (environ 930 milliards de litres d’eau), tandis que des volumes bien supérieurs ont historiquement été prélevés. Dans certaines zones, plus de 60 % de l’épaisseur initiale de l’aquifère a déjà disparu.

Quand l’eau devient trop profonde, toute l’agriculture des Grandes Plaines doit se réinventer

La disparition de l’eau ne signifie pas forcément qu’un puits devient vide du jour au lendemain. Son débit diminue d’abord, tandis que le coût du pompage augmente. Puis arrive un seuil où alimenter les gigantesques systèmes d’irrigation circulaires visibles depuis le ciel n’est simplement plus rentable.

Dans le Texas Panhandle, les relevés publiés en 2025 par le High Plains Underground Water Conservation District indiquaient une épaisseur saturée moyenne de l’Ogallala d’environ 51 pieds, soit 15,5 mètres, avec une nouvelle baisse annuelle moyenne de 0,66 pied (20 centimètres). Pour certains producteurs, chaque saison rapproche ainsi le moment où l’irrigation devra être abandonnée.

Le Kansas montre pourtant qu’un ralentissement reste possible. Après des décennies de recul, les données consolidées indiquent que le sud-ouest de l’État a perdu 1,36 pied (environ 41 centimètres) en 2024 puis 0,62 pied (19 centimètres) en 2025. Réductions volontaires des prélèvements, cultures moins gourmandes et nouvelles pratiques d’irrigation peuvent donc gagner du temps.

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