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La surutilisation des antibiotiques et le risque de résistance bactérienne sont largement documentés. Mais aujourd’hui, de nouvelles recherches attirent l’attention sur un rôle moins connu des antibiotiques dans la production végétale, qui seraient utilisés beaucoup plus fréquemment et pour une plus grande variété de cultures qu’on ne le pensait auparavant.

Des pratiques répandues mais peu documentées

Les antibiotiques sont utilisés depuis des décennies pour lutter contre les maladies des plantes sur des cultures comme les pommes et les poires. Bien que ces médicaments se soient avérés efficaces contre certaines maladies bactériennes, on ne sait pas grand-chose sur l’étendue de leur utilisation dans le monde. Selon une enquête de l’OMS et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, il s’avère en effet que sur 158 pays, seuls 3 % d’entre eux ont procédé à une évaluation régulière des types et des quantités d’antibiotiques utilisés dans les cultures.

Si le manque de données sur l’utilisation de ce type de composés dans l’agriculture peut donner l’impression que les volumes employés sont insignifiants, dans le cadre de travaux parus dans la revue CABI Agriculture and Bioscience, des chercheurs ont analysé plus de 436 000 dossiers des phytocliniques Plantwise dans 32 pays, et constaté que leur utilisation était recommandée pour plus de 100 types de cultures, souvent en grandes quantités.

Rien qu’en Asie du Sud-Est, les scientifiques estiment que 63 tonnes de streptomycine et 7 tonnes de tétracycline, médicaments considérés comme essentiels pour la médecine humaine, sont pulvérisées annuellement sur les cultures de riz.

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Une antibiorésistance pouvant intervenir jusqu’à 100 000 fois plus rapidement

Bien que ces antibiotiques soient principalement utilisés contre les maladies bactériennes frappant les cultures, l’équipe a également mis en évidence un nombre alarmant de cas où ceux-ci étaient préconisés pour traiter des problèmes pour lesquels leur efficacité était loin d’être avérée. « Une proportion considérable de conseillers en cultures recommandent l’utilisation d’antibiotiques contre les insectes nuisibles, sur lesquels ils n’ont aucun impact, ou en traitement préventif », estime Philip Taylor, auteur principal de l’étude.

Les chercheurs ont découvert que 11 antibiotiques différents étaient recommandés pour les cultures des Amériques, de la Méditerranée orientale, de l’Asie du Sud-Est et des pays riverains du Pacifique. Bien que les quantités utilisées pour les cultures soient faibles par rapport à leur utilisation médicale et vétérinaire, la résistance bactérienne, qui constitue l’un des plus grands défis sanitaires du XXIe siècle pour l’OMS, reste une préoccupation majeure.

Des études antérieures ont en effet montré que lorsque des antibiotiques sont mélangés à d’autres produits agrochimiques, les bactéries étaient susceptibles de développer une résistance à ces derniers jusqu’à 100 000 fois plus rapidement. Tandis que la consommation d’aliments crus pouvait également favoriser le développement de bactéries résistantes dans l’intestin humain. Ce que réfutent catégoriquement les partisans de l’utilisation d’antibiotiques pour les cultures, qui affirment qu’il n’existe aucune preuve que la résistance se propage des bactéries pathogènes des plantes aux agents pathogènes humains ou animaux.

« L’utilisation des antibiotiques dans la production végétale est plus étendue que ce que la plupart des publications suggèrent »

« Des recherches plus approfondies sur l’ampleur de l’utilisation des antibiotiques dans la protection des cultures sont justifiées car le potentiel d’interactions avec d’autres produits phytosanitaires susceptibles de favoriser la résistance croisée ou la co-sélection pour la résistance aux antibiotiques est considérable », estime Rob Reeder, co-auteur de l’étude.

« Une attention majeure est accordée à l’utilisation médicale et vétérinaire des antibiotiques, mais il existe peu de données sur leur utilisation dans la production végétale mondiale », poursuit le chercheur. « La seule utilisation bien documentée d’antibiotiques sur les cultures est celle des arbres fruitiers aux États-Unis. Ces nouvelles données semblent indiquer que l’utilisation des antibiotiques dans la production végétale est plus étendue que ce que la plupart des publications suggèrent. »

« Nous espérons que les données présentées dans ce document permettront d’élargir le débat sur l’utilisation des antibiotiques contre les agents pathogènes des cultures et que la production végétale sera incluse dans le domaine de la santé », concluent les chercheurs.

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