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À Pyongyang, cet hôtel de 105 étages attend toujours son premier client, 39 ans après son lancement

Il domine Pyongyang du haut de ses 330 mètres, possède 105 étages et devait incarner la puissance de la Corée du Nord. Pourtant, près de quarante ans après le début du chantier, le Ryugyong reste fermé. Comment un hôtel aussi gigantesque est-il devenu un fantôme de béton et de verre ?

Vue du Ryugyong Hotel, gratte-ciel pyramidal de 105 étages dominant la ville de Pyongyang en Corée du Nord.
Le Ryugyong Hotel s’élève à 330 mètres au-dessus de Pyongyang, mais ce gigantesque hôtel commencé en 1987 n’a toujours jamais accueilli de clients – DailyGeekShow.com / Image Illustration

En 1987, Pyongyang lance un hôtel démesuré pour impressionner le monde entier

À la fin des années 1980, la péninsule coréenne traverse encore une intense rivalité symbolique. Pyongyang veut frapper fort. En 1987, Pyongyang lance donc la construction du Ryugyong Hotel, une pyramide futuriste destinée à atteindre 330 mètres et 105 étages, un exploit spectaculaire pour l’époque.

Le projet ne doit pas seulement accueillir des voyageurs. Il doit aussi afficher la modernité du régime et attirer des capitaux étrangers. Les planificateurs envisagent alors plusieurs milliers de chambres, des restaurants panoramiques et des espaces de loisirs. Mais derrière cette ambition monumentale se cache déjà un problème : le calendrier reste extrêmement serré, tandis que l’économie nord-coréenne reste fragile.

Lorsque l’URSS disparaît, la pyramide de béton se transforme soudain en bâtiment fantôme

En 1992, la structure atteint sa hauteur maximale. Puis tout s’arrête. La disparition de l’Union soviétique prive la Corée du Nord d’un soutien économique crucial, au moment où le pays entre dans une crise profonde. Le Ryugyong reste alors sans fenêtres ni aménagements, gigantesque squelette gris posé au milieu de Pyongyang.

Les chiffres associés au chantier donnent encore le vertige. Des estimations publiées à l’époque évoquent environ 750 millions de dollars (environ 659 millions d’euros), soit près de 2 % du PIB nord-coréen. Les analystes les considèrent toutefois comme des estimations extérieures, les comptes du pays restant difficiles à documenter avec précision.

Pendant environ seize ans, presque rien ne change. Une grue reste même longtemps visible au sommet. Dans une capitale où l’architecture sert largement à mettre en scène la puissance de l’État, cette masse de béton devient paradoxalement le symbole d’une ambition interrompue. Impossible pourtant de la cacher : sa silhouette domine l’horizon.

En 2008, une façade étincelante donne soudain l’illusion que l’hôtel va ouvrir

Le retournement arrive en 2008. Le groupe égyptien Orascom participe à la reprise du chantier, et le bâtiment change radicalement d’apparence. Sa carcasse grise disparaît progressivement sous une enveloppe de verre et de métal. Orascom achève l’extérieur quelques années plus tard, ce qui donne l’impression d’une ouverture imminente.

Elle n’arrive pas. Les autorités annoncent une ouverture partielle pour 2013 avec le groupe hôtelier Kempinski, puis les autorités abandonnent le projet. Derrière les vitres réfléchissantes, les observateurs peinent à établir le niveau réel d’aménagement. Une chose reste certaine : aucune ouverture publique durable n’a depuis transformé le Ryugyong en hôtel fonctionnel.

Puis ses murs deviennent un écran géant, tandis que les chambres restent hors d’atteinte

En 2018, nouveau coup de théâtre. Les équipes équipent une partie de la façade de plus de 100 000 LED. À la nuit tombée, animations, monuments, drapeaux et messages politiques illuminent alors la pyramide. L’ancien chantier fantôme devient une gigantesque surface de projection visible dans une large partie de Pyongyang.

Le contraste reste saisissant. Un bâtiment conçu pour recevoir des milliers de personnes fonctionne désormais davantage comme un monument lumineux que comme un hôtel. En août 2025, Business Insider le décrivait encore comme inachevé et n’ayant jamais accueilli de client. Les informations disponibles en 2026 ne signalent toujours aucune ouverture commerciale.

Près de quarante ans après 1987, le Ryugyong reste donc prisonnier d’un étrange entre-deux : trop spectaculaire pour être abandonné, trop complexe pour devenir facilement l’hôtel imaginé autrefois. Sa façade brille, sa silhouette est devenue indissociable de Pyongyang, mais son avenir demeure flou. Peut-être est-ce justement cette attente interminable qui en fait aujourd’hui un bâtiment aussi fascinant.

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