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Sans sas ni ascenseur, la pente d’eau de Montech a fait grimper des péniches sur 13 mètres pendant 35 ans

Depuis 2009, la machine de Montech ne pousse plus aucun bateau sur le canal latéral à la Garonne. Cette invention de l’ingénieur Jean Aubert remplaçait pourtant cinq écluses d’un seul mouvement. Retour sur un ouvrage de navigation fluviale resté quasi unique au monde, aujourd’hui reconverti en site de visite.

Longue rigole en béton inclinée bordée de platanes, avec une imposante machine jaune sur pneus et un bouclier métallique retenant un coin d'eau dans lequel flotte une péniche
Mise en service en 1974, la pente d’eau de Montech remplaçait cinq écluses du canal latéral à la Garonne. Arrêtée en 2009, la machine conçue par Jean Aubert se visite aujourd’hui. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

En 1969, la modernisation du canal latéral à la Garonne bute sur cinq écluses serrées autour de Montech

Achevé en 1856, le canal latéral à la Garonne relie Toulouse à Castets-en-Dorthe, en Gironde. Sur 193 kilomètres, 53 écluses rythment la navigation. Cependant, à la fin des années 1960, ces bassins deviennent trop courts pour le trafic de marchandises.

L’État lance donc en 1969 un programme de modernisation, qui porte la longueur des sas à 40 mètres. Dès lors, les bateliers peuvent embarquer des cargaisons plus lourdes, d’environ 200 tonnes selon le Département de Tarn-et-Garonne. Reste un point noir près de Montech, où cinq écluses rapprochées imposent une succession de manœuvres fastidieuses.

Jean Aubert imagine un coin d’eau mobile, poussé par deux motrices dans une rigole en béton de 443 mètres

Ingénieur des Ponts et Chaussées, Jean Aubert renverse le problème. Au lieu d’élever le bateau par paliers, il propose de déplacer avec lui le volume liquide qui le porte. Ainsi naît le principe de la pente d’eau, testé grandeur nature à Montech.

Le chantier démarre en 1971 et s’achève en 1973. Selon le dossier de presse du Département et de Voies navigables de France (VNF), l’ouvrage consiste en une rigole de 443 mètres de long, 6 mètres de large et 4,35 mètres de profondeur. Par ailleurs, son fond présente une inclinaison de 3 %.

En amont, une porte retient le bief supérieur. En aval, un bouclier mobile ferme la rigole et emprisonne un prisme d’eau triangulaire. Ensuite, deux motrices diesel-électriques dérivées du matériel ferroviaire roulent sur les berges et font remonter ce bouclier.

Mise en service en 1974, la machine franchit 13,30 mètres de dénivelé jusqu’à une avarie fatale en 2009

Inaugurée en 1974, la pente d’eau de Montech fait figure de première mondiale. Concrètement, la péniche s’installe dans le coin d’eau, puis le bouclier la conduit jusqu’au bief supérieur. Par conséquent, le bateau gagne environ 13,30 mètres sans jamais cesser de flotter.

Le procédé est reproduit au début des années 1980 à Fonserannes, près de Béziers, sur le canal du Midi. Toutefois, cette petite sœur, également conçue par Aubert, connaît une carrière brève et chaotique.

À Montech, le déclin du fret cantonne peu à peu l’engin à un usage surtout touristique. Puis, en 2009, une panne sur l’une des motrices met fin à son exploitation, les réparations ayant été jugées trop onéreuses. Depuis, les bateaux empruntent de nouveau les cinq écluses.

Depuis 2021, le Département de Tarn-et-Garonne et VNF transforment l’ouvrage arrêté en parcours de découverte

Plutôt que de démanteler l’engin, le Département, VNF, la communauté de communes Grand Sud Tarn et Garonne et la ville de Montech s’associent. Les travaux débutent à l’automne 2019 avec le déplacement de la machine. En avril 2021, le site ouvre au public.

L’investissement atteint 3,9 millions d’euros. De plus, l’ancienne papeterie voisine accueille désormais la maison du site, tandis qu’une péniche baptisée Altaïr abrite une exposition.

En définitive, la pente d’eau n’a jamais essaimé au-delà de deux exemplaires français. Pourtant, son principe garde une élégance rare, puisqu’une rigole, un bouclier et deux moteurs suffisaient à remplacer cinq sas. Ce témoin d’une ingénierie audacieuse se découvre désormais à pied, à vélo ou en bateau.

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