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Le martin-pêcheur gagne les eaux libres quand l’hiver arrive, et son bec a même redessiné un train à grande vitesse

Avec l’automne, le martin-pêcheur d’Europe devient plus facile à croiser au bord des étangs, des estuaires et du littoral. Ce petit oiseau au dos turquoise ne fuit pas le froid par confort, mais pour continuer à se nourrir. Sa biologie réserve aussi plusieurs surprises, de la couleur de ses plumes jusqu’au Shinkansen japonais.

Martin-pêcheur d'Europe au dos turquoise et à la poitrine orangée perché sur une branche basse au-dessus d'une eau calme, berges givrées
Le martin-pêcheur d’Europe rejoint en hiver des eaux qui ne gèlent pas. Son bleu provient de nanostructures et non d’un pigment. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Long de 16 à 17 centimètres, Alcedo atthis est le seul martin-pêcheur qui niche régulièrement en Europe

Classé parmi les Coraciiformes, dans la famille des Alcédinidés, Alcedo atthis occupe une place à part sur le continent. Aucun autre représentant de sa famille n’y niche de façon régulière. Selon la LPO, l’oiseau mesure 16 à 17 centimètres pour une masse comprise entre 34 et 46 grammes.

Sa silhouette se repère vite : tête large, queue courte, bec en poignard d’environ 4 centimètres. Ensuite, son régime se compose surtout de petits poissons de moins de 8 centimètres, complétés par des insectes aquatiques ou des têtards. Ainsi, sa présence trahit souvent une rivière claire et poissonneuse.

Son bleu éclatant ne doit rien à un pigment, mais à des nanostructures spongieuses logées dans les barbes des plumes

En 2011, une équipe néerlandaise dirigée par Doekele Stavenga a décrit ce phénomène dans le Journal of Experimental Biology. Les barbes bleues et cyan renferment un réseau spongieux de kératine et d’air, dont les dimensions diffèrent légèrement selon la teinte. Cette architecture renvoie surtout certaines longueurs d’onde, ce qui produit une couleur structurelle.

Par conséquent, le reflet change selon l’angle de vue et la lumière. En revanche, le ventre roux s’explique par de petits grains de pigment, qui diffusent la lumière de façon plus homogène. De plus, l’oiseau combine les deux mécanismes sur un même plumage, du dos turquoise à la poitrine orangée.

Au Japon, l’ingénieur Eiji Nakatsu s’est inspiré de ce bec pour atténuer le bang du Shinkansen 500 dans les tunnels

Le martin-pêcheur chasse depuis un perchoir, puis plonge tête la première. Son bec effilé lui permet de passer de l’air à l’eau en créant très peu d’éclaboussures. Dans les années 1990, la compagnie JR West cherche justement à réduire la détonation sourde provoquée par ses rames en entrant dans les tunnels.

Ornithologue amateur, l’ingénieur Eiji Nakatsu remarque l’analogie entre les deux transitions de pression. Son équipe allonge alors le nez du futur Shinkansen 500 en s’inspirant de ce profil, puis valide la forme en soufflerie et par simulation. Mise en service en 1997, la rame circule à 300 km/h avec un bruit nettement réduit en sortie de tunnel.

Les populations du nord gagnent la France en hiver, tandis que les berges artificialisées fragilisent l’espèce toute l’année

Le martin-pêcheur reste un migrateur partiel. Certains individus demeurent sédentaires, tandis que les nicheurs scandinaves, baltes ou centre-européens descendent vers des régions où l’eau ne gèle pas. Par ailleurs, les crues hivernales troublent les ruisseaux, alors qu’un chasseur à vue a besoin d’une eau limpide.

Dès lors, les vagues de froid provoquent de fortes mortalités, compensées ensuite par plusieurs nichées annuelles. Cependant, l’oiseau creuse son terrier dans des berges meubles, que l’enrochement fait disparaître. Protégé en France, il figure comme vulnérable sur la Liste rouge des oiseaux nicheurs établie en 2016 par l’UICN France et le Muséum national d’histoire naturelle.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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