En Sologne, une oie africaine niche dans les arbres, là où ses cousines françaises couvent au ras du sol. Ses poussins n’ont qu’une solution pour descendre. Cette espèce, présente depuis les années 2000, change pourtant la donne pour d’autres oiseaux.

L’ouette d’Égypte, vénérée au bord du Nil dans l’Antiquité, vit aujourd’hui dans les étangs de la Sologne
Son nom scientifique, Alopochen aegyptiaca, évoque un papyrus, et les Égyptiens de l’Antiquité vénéraient bien cet oiseau. À l’origine, l’ouette d’Égypte vit en Afrique, surtout au sud du Sahara et dans la vallée du Nil. Ce milieu chaud et sec ressemble pourtant très peu aux brumes automnales du Loir-et-Cher.
Mâles et femelles se ressemblent presque trait pour trait, et seule une taille légèrement supérieure trahit le mâle. Leur plumage roux et beige porte une tache brune autour de l’œil. Grâce à ce détail, on identifie facilement l’oiseau près d’un point d’eau.
Échappées de parcs ou relâchées par leurs propriétaires, quelques ouettes ont fondé des populations sauvages en Europe
Tout part d’une négligence humaine. Les parcs ornithologiques, les zoos et les collectionneurs privés élevaient l’ouette pour son allure élégante et ses couleurs chaudes. Pourtant, certains individus se sont échappés de captivité, et des propriétaires mal informés en ont relâché d’autres.
Ce scénario n’a rien d’isolé. En effet, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et les Pays-Bas ont connu le même phénomène. Dans ces pays, des populations sauvages se sont installées à partir de quelques fugitifs seulement. L’histoire solognote suit donc un schéma déjà bien connu.
En Région bruxelloise, l’espèce niche depuis 1984. Les suivis ornithologiques locaux révèlent une hausse moyenne de 7,9 % par an. Cela représente donc plus de 1 000 % d’augmentation depuis 1992. Un rythme pareil a fini par inquiéter les autorités européennes.
Contrairement aux oies françaises, l’ouette couve en hauteur et ses poussins sautent dans le vide pour descendre
Les oies françaises installent presque toujours leur nid au sol, dans les roseaux ou les hautes herbes. À l’inverse, l’ouette d’Égypte n’a aucun complexe à nicher en hauteur. Elle choisit une corniche, la fourche d’un grand arbre ou un ancien nid de héron ou de rapace.
Une fois nés, les poussins ne reçoivent aucune aide pour descendre. Les parents les appellent depuis le sol, sans relâche. Alors, les petites boules de duvet sautent dans le vide. Cette chute parfois vertigineuse déroute les promeneurs solognots qui assistent à la scène par hasard.
L’ouette usurpe les nids de hérons et de faucons pèlerins, et l’Union européenne la classe invasive depuis 2017
Pendant la reproduction, l’ouette d’Égypte devient très territoriale et agressive. Elle va jusqu’à usurper des nids déjà occupés. Ainsi, les hérons et certains rapaces, comme le faucon pèlerin, en font régulièrement les frais. Cette concurrence directe pour les meilleurs emplacements en hauteur réduit leur nombre de descendants.
Face à cette progression, l’Union européenne a réagi. Depuis 2017, elle classe l’ouette d’Égypte parmi les espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union. Désormais, personne ne peut plus l’importer, l’élever, la vendre ni la relâcher volontairement sur le territoire européen.
Ce cadre strict arrive pourtant après coup. L’oiseau, établi en Sologne depuis les années 2000, a déjà pris ses aises dans le paysage. Il complique aussi la préservation d’espèces locales déjà fragilisées, que cette concurrence pour les nids touche directement.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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Catégories: Animaux & Végétaux