Une estimation venue de Californie circule de nouveau : les scanners réalisés en une seule année provoqueraient plus de 100 000 cancers. Publiée en avril 2025, cette étude ne mesure pourtant aucun cas observé, puisqu’elle repose sur un modèle de risque lié aux rayons X. Son intérêt réside ailleurs, dans la question de la dose et du bon usage.

Une équipe de l’université de Californie a modélisé l’effet des 93 millions d’examens réalisés aux États-Unis en 2023
Le travail, signé par la radiologue Rebecca Smith-Bindman et ses collègues de l’UCSF, a paru le 14 avril 2025 dans JAMA Internal Medicine. Les auteurs ont recensé environ 93 millions d’examens de tomodensitométrie pratiqués en 2023 chez près de 61,5 millions de patients américains. Ils notent aussi que l’usage de cette imagerie a progressé de plus de 30 % depuis 2007.
Pour chiffrer le risque, l’équipe a croisé les doses issues d’un registre couvrant 143 établissements dans 20 États avec un outil d’évaluation du National Cancer Institute. Ce calcul aboutit à environ 103 000 cancers projetés sur la vie entière des personnes exposées, avec une fourchette allant de 80 000 à 127 000. Si les pratiques restaient inchangées, ces cas pèseraient près de 5 % des diagnostics annuels.
Les enfants courent un risque plus élevé par examen, alors que les adultes concentrent l’essentiel des cas estimés
Selon le modèle, l’abdomen et le bassin constituent la zone la plus concernée, avec quelque 37 500 cancers attribués à ces seuls examens. Les localisations les plus fréquentes seraient le poumon, le côlon, la vessie, le sein chez les femmes, ainsi que les leucémies. Chez l’enfant, ce sont surtout les examens de la tête qui ressortent.
Par ailleurs, le risque individuel par examen apparaît nettement supérieur avant 18 ans, car les tissus en croissance sont plus sensibles aux rayonnements ionisants. Cependant, les mineurs ne représentent qu’environ 4 % des patients scannés. Ainsi, la grande majorité des cancers projetés concerne des adultes, en raison du volume d’examens.
L’American College of Radiology juge ce risque théorique et rappelle qu’aucune étude ne relie directement scanner et cancer
Dès la parution, l’American College of Radiology a publié une réponse critique. Selon la société savante, ces estimations prolongent des modélisations antérieures qui ne reposent pas sur l’évolution réelle de patients. Elle souligne qu’aucune publication n’a démontré un lien direct entre un ou plusieurs scanners et l’apparition d’un cancer.
En effet, les coefficients de risque employés dérivent en grande partie du suivi des survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, exposés à des doses très différentes. De plus, l’organisation rappelle que les progrès techniques ont déjà réduit la dose délivrée par examen. Elle insiste enfin sur un point essentiel : renoncer à une imagerie nécessaire comporterait un danger bien réel.
En France, les principes de justification et d’optimisation encadrent déjà chaque examen exposant aux rayons X
Dès lors, l’enjeu porte moins sur le scanner lui-même que sur son usage. Le Code de la santé publique impose deux règles : la justification, qui exige un bénéfice attendu supérieur au risque, et l’optimisation, qui vise la dose la plus faible compatible avec un diagnostic fiable. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection contrôle leur application dans les services.
En parallèle, la Haute Autorité de santé diffuse avec la Société française de radiologie un guide du bon usage des examens d’imagerie. Il oriente vers l’échographie ou l’IRM lorsque ces techniques suffisent. Par conséquent, un examen prescrit pour une raison médicale ne doit pas être annulé par crainte, et toute interrogation mérite d’être posée au médecin ou au radiologue.