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Comment un porte-avions britannique à 3 milliards de livres s’est arrêté net au large de l’île de Wight en 2022

Le 27 août 2022, le HMS Prince of Wales quitte Portsmouth pour les États-Unis. Très vite, il s’immobilise au large de l’île de Wight. Ni tempête ni ennemi n’expliquent l’arrêt. Une pièce de transmission a suffi à clouer ce géant de 65 000 tonnes. Son origine en dit long.

Le porte-avions britannique HMS Prince of Wales immobilisé en mer, escorté par un remorqueur après une panne de propulsion.
Le HMS Prince of Wales, porte-avions britannique de 65 000 tonnes, immobilisé après la rupture d’un élément de transmission peu après son départ de Portsmouth en août 2022. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

L’accouplement de l’hélice tribord de 33 tonnes lâche peu après le départ de Portsmouth et paralyse le porte-avions

Selon la BBC, qui s’appuie sur la Royal Navy, l’accouplement censé retenir l’hélice tribord s’est rompu. Cette hélice pèse 33 tonnes. Ce poids représente à peine 0,05 % du déplacement du navire. Pourtant, cette seule pièce a interrompu la traversée.

Les plongeurs de la Royal Navy ont inspecté la coque après l’incident. Ils ont relevé des dommages importants sur l’arbre et l’hélice. Le gouvernail n’a subi que des dégâts superficiels, a précisé le contre-amiral Steve Moorhouse. Selon lui, la panne restait extrêmement inhabituelle.

Un problème technique avait déjà retardé l’appareillage d’un jour. Le navire a pourtant quitté le quai. Après la rupture, il a rejoint les eaux calmes de Stokes Bay à environ 4 nœuds. Des remorqueurs l’escortaient durant ce repli.

Le chantier de Rosyth, l’un des rares assez grands pour le navire, a gardé le porte-avions pendant neuf mois

La Royal Navy a choisi Rosyth pour sa taille. Peu de chantiers accueillent un navire de 65 000 tonnes, et celui-ci l’a construit. Le Daily Telegraph décrit un passage délicat. La marée devait rester assez basse pour le pont du Forth, mais assez haute pour la cale.

Babcock a conduit les réparations, qui ont duré neuf mois. La Royal Navy visait une fin de chantier au printemps 2023. Finalement, le porte-avions a repris la mer fin juillet 2023. Selon la presse spécialisée, la facture atteindrait environ 25 millions de livres.

Selon Navy Lookout, un arbre mal aligné, connu avant 2019, a fait vibrer l’accouplement jusqu’à la rupture

La BBC s’en tient au constat mécanique, sans chercher l’origine du mal. Navy Lookout, une revue spécialisée, va plus loin. Selon elle, des vibrations dues à un arbre mal aligné ont brisé l’accouplement. Ce défaut était connu avant la première sortie du chantier, en 2019.

D’après la même revue, des experts jugeaient pourtant cet écart acceptable. Les inspecteurs du Lloyd’s ont d’ailleurs certifié le navire. Il a ensuite parcouru plusieurs milliers de miles. Puis la contrainte accumulée a fini par briser l’accouplement.

À l’arrivée à Rosyth, l’arbre bâbord présentait des dégâts de désalignement similaires. Il fallait remplacer certaines sections. Des médias britanniques mentionnent une enquête du ministère de la Défense. Elle situerait l’origine du défaut à la construction, mais faute de rapport consultable, la prudence s’impose.

Le responsable reste introuvable, et le navire jumeau a connu un problème d’accouplement semblable en 2024

Pour Navy Lookout, on peut reprocher d’avoir suivi l’avis d’un seul expert malgré les doutes sur les arbres. On peut aussi reprocher un appareillage précipité pour des raisons politiques. La revue admet toutefois que personne ne peut désigner précisément le responsable.

Selon Maritime Executive, le navire cumulait déjà les ennuis depuis 2019. Il n’aurait passé que 20 jours en mer en 2020. En février 2024, son jumeau HMS Queen Elizabeth a ensuite subi un problème d’accouplement sur l’hélice tribord. Quatre mois de réparations à Rosyth ont suivi.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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