
La suite de Doctor Who pourrait-elle être entièrement générée par l’intelligence artificielle ? Le patron de la BBC en a déjà eu un aperçu et a bien aimé. Son staff, en revanche, s’en inquiète beaucoup.
L’intelligence artificielle fait craindre à beaucoup d’acteurs du cinéma et de la télévision pour leur avenir. L’outil pourrait-il remplacer l’humain et générer des films et séries en un clin d’œil ? Ce n’est pas Matt Brittin qui dirait l’inverse.
Le patron de la BBC a fait la une des médias britanniques fin septembre pour ses propos controversés sur l’IA. Lors de la conférence de la Royal Television Society (relayé par Variety), Matt Brittin a raconté avoir vu un épisode de Doctor Who entièrement généré par l’IA et qu’il avait bien aimé.
« L’autre jour, quelqu’un m’a envoyé un épisode de Doctor Who de 50 minutes généré par l’IA. C’est plutôt pas mal. Je veux dire, ça ne va pas remplacer les humains — nous y reviendrons. Ainsi, tout le monde devient créateur. Et toute cette créativité n’est pas mauvaise », estime-t-il.
Selon lui, « tout le monde a entre les mains la capacité — ou plutôt six milliards de personnes l’ont — de créer du contenu digne d’un studio hollywoodien ». Sans surprise, ses propos ont été très mal reçus. En particulier du côté des membres de la BBC qui ont exprimé leurs inquiétudes suite à cette affirmation lors d’une réunion.
L’un d’eux, par exemple, demande au patron de revoir son avis sur l’IA. Il rappelle également que la BBC s’engage à tourner ses programmes dans différentes régions du Royaume-Uni, en l’occurrence Cardiff pour Doctor Who. Ainsi, si l’IA remplace ce savoir-faire, ce sont des milliers de personnes qui vont en pâtir.
« Matt, pourriez-vous reconsidérer votre fascination pour les programmes générés par l’IA ? Vous avez récemment évoqué un projet lié à Doctor Who. Or, Doctor Who est produit à Cardiff. Qu’est devenu l’engagement de la BBC à promouvoir les arts et les industries créatives dans toutes les régions du Royaume-Uni ? Les jeunes, en particulier, ne veulent pas de ce type de contenu [généré par l’IA] » (via Deadline).
Pour d’autres membres, la BBC doit être claire et rejeter pleinement l’IA. Dans un document que Deadline a pu consulter, un membre estime que Matt Brittin a tort et rappelle que la qualité est le maître-mot de leur chaîne. « Nous ne sommes pas une machine à produire du contenu comme Netflix ; nous devrions plutôt nous attacher à mieux faire les choses (et pas seulement plus vite) ».
Depuis, Matt Brittin a clarifié ses propos, indiquant que l’IA pouvait aider dans un travail de recherche. Pas sûr que ce rétropédalage rassure les membres de la BBC et de Doctor Who, dont l’avenir est incertain après le départ soudain de son showrunner Russell T. Davies.