Et si, face aux incendies géants, la solution se cachait dans un paysage que l’on croyait dépassé ? Une étude internationale suggère que pâturages, cultures et forêts entretenues pourraient devenir de véritables remparts contre des feux méditerranéens toujours plus difficiles à maîtriser.

Le véritable carburant des mégafeux pousse parfois pendant des années sans faire de bruit
Un mégafeu ne naît pas seulement d’une étincelle et d’un été caniculaire. Il lui faut aussi du combustible végétal, qui peut s’accumuler pendant des années. Ainsi, broussailles, herbes sèches et jeunes arbres forment progressivement un tapis presque continu. Avec la chaleur, la sécheresse et le vent, ce paysage devient une autoroute pour les flammes.
Cette situation s’est aggravée avec l’abandon de nombreuses terres rurales. Autrefois, les troupeaux, les cultures et les activités humaines maintenaient des espaces ouverts. Désormais, la végétation reconquiert progressivement le terrain. Par conséquent, les chercheurs observent des paysages plus homogènes, où le feu rencontre moins d’obstacles naturels et gagne rapidement en intensité.
L’enjeu est devenu spectaculaire. Selon la Commission européenne, 620 000 hectares avaient déjà brûlé dans l’Union européenne au 25 août 2026. Ce bilan représentait environ deux fois la moyenne observée à cette date entre 2006 et 2025. De plus, la France, l’Espagne et l’Italie figurent parmi les pays les plus touchés.
Dix territoires méditerranéens révèlent une autre manière de tenir les flammes à distance
Publiée en août 2026 dans la revue scientifique iScience, une étude a examiné dix initiatives méditerranéennes. Les universités de Göttingen et de Kassel ont notamment coordonné ces travaux. Leur idée paraît contre-intuitive : il faut modifier le paysage bien avant l’arrivée des premières flammes, plutôt que d’attendre l’incendie.
Certaines initiatives utilisent ainsi le pâturage extensif. Chèvres, moutons et bovins consomment une partie de la biomasse inflammable. Par ailleurs, d’autres projets associent agriculture, sylviculture et brûlages dirigés. Ils entretiennent aussi les espaces ouverts. Enfin, les démarches les plus prometteuses réunissent agriculteurs, scientifiques, habitants, associations et services d’incendie.
Chèvres, vignes et oliviers pourraient dessiner des coupe-feux beaucoup plus vivants
L’image surprend : une chèvre broutant des broussailles peut contribuer à prévenir un incendie. Toutefois, il ne s’agit pas de transformer chaque forêt en pâturage géant. Le principe consiste plutôt à créer une mosaïque de paysages, où boisements, prairies, cultures et zones pâturées se succèdent. Cette alternance rompt ainsi la continuité du combustible.
Les cultures peuvent également jouer un rôle. Des vignobles ou des oliveraies correctement entretenus contiennent moins de végétation inflammable que certains terrains abandonnés. De son côté, la Commission européenne souligne leur intérêt potentiel. En effet, ces parcelles peuvent ralentir un incendie lorsqu’elles s’intègrent à une stratégie paysagère plus large.
Le pâturage fait déjà l’objet d’expérimentations européennes. Des projets soutenus par le programme LIFE utilisent notamment des animaux dans des secteurs exposés. Leur objectif est de réduire les herbes et les arbustes disponibles pour le feu. Dans le bassin méditerranéen, jusqu’à 500 000 hectares de forêts peuvent brûler certaines années. Dès lors, cette méthode retrouve une étonnante modernité.
Prévenir les incendies oblige finalement à faire revivre des campagnes entières
Cette stratégie change la manière d’imaginer la lutte contre les feux. Les Canadair, les pompiers et les pare-feux restent indispensables. Cependant, ils interviennent souvent après le début de la crise. Les chercheurs proposent donc d’agir des mois ou des années auparavant, afin de restaurer des paysages capables de ralentir naturellement les flammes.
Une difficulté majeure demeure : ces paysages doivent être entretenus durablement. Ils nécessitent à la fois des agriculteurs, des éleveurs, des financements et une coordination locale. Ainsi, la lutte contre les mégafeux rejoint une question plus vaste : celle de l’avenir des territoires ruraux. Protéger les forêts méditerranéennes commencerait-il finalement par remettre de la vie autour d’elles ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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