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Deux ouragans majeurs et une tempête se suivent dans un Pacifique chauffé par un El Niño exceptionnel

Trois cyclones presque à la file dans le Pacifique, dont un ouragan de catégorie 5 : la scène ressemble à un scénario catastrophe. Pourtant, derrière cette spectaculaire série se cache un moteur climatique bien réel, El Niño, qui pourrait atteindre une intensité historique en 2026.

Vue satellite de trois cyclones tropicaux espacés au-dessus de l’océan Pacifique, dont un puissant ouragan avec un œil clairement visible.
Trois cyclones tropicaux évoluent simultanément au-dessus du Pacifique, avec des structures nuageuses en spirale clairement visibles depuis l’espace – DailyGeekShow.com / Image Illustration

En quelques jours, le Pacifique a vu trois puissants cyclones avancer presque côte à côte

Le 2 septembre, les images satellites avaient quelque chose d’irréel. Lowell venait d’atteindre la catégorie 5, avec des vents proches de 260 km/h. Karina évoluait aussi au stade d’ouragan majeur. Plus à l’est, Marie gagnait rapidement en puissance au large du Mexique.

Quelques heures plus tard, Marie franchissait à son tour le seuil de l’ouragan. Pendant un bref moment, trois cyclones organisés occupaient simultanément le Pacifique oriental et central. Le National Hurricane Center suit souvent plusieurs systèmes. Une telle succession reste toutefois assez rare pour retenir l’attention des climatologues.

Sous les cyclones, une immense réserve de chaleur transforme l’océan en carburant

Un cyclone tropical ne fonctionne pas comme une voiture. L’image du carburant reste pourtant parlante. Pour se renforcer, il puise son énergie dans la chaleur de l’océan. Si l’eau est assez chaude, la vapeur alimente les orages autour de son centre. Des vents favorables en altitude facilitent aussi son organisation.

Cette année, un acteur supplémentaire bouleverse la partie : El Niño se renforce dans le Pacifique équatorial. Ce phénomène résulte d’interactions entre les vents, l’océan et l’atmosphère. Des eaux anormalement chaudes s’étendent alors vers le centre et l’est du Pacifique. La circulation atmosphérique mondiale s’en trouve progressivement modifiée.

Les observations de la NOAA montrent un océan et une atmosphère déjà fortement liés. Les pluies tropicales se sont déplacées. Les indices atmosphériques caractéristiques ont aussi changé. Les modèles prévoient encore une intensification jusqu’à la fin de 2026. Le phénomène observé en septembre pourrait donc n’être qu’une étape.

Lowell rappelle qu’un cyclone lointain peut soudainement devenir une menace très concrète

Au début de septembre, Lowell semblait devoir rester assez éloigné d’Hawaï. Ses effets directs paraissaient donc limités. La suite a rappelé une règle essentielle de la météo tropicale : les trajectoires évoluent. Le 7 septembre, l’ouragan est finalement passé près de l’archipel. Il a apporté vents violents, fortes pluies et mer dangereuse.

À Lihue, le National Weather Service a mesuré une rafale d’environ 135 km/h. Un site situé en altitude, sur Kauai, a dépassé 145 km/h. Les prévisions annonçaient aussi plusieurs centaines de millimètres de pluie par endroits. Même sans impact frontal, un cyclone majeur peut donc bouleverser la vie d’un archipel.

Le chiffre de 69 % révèle pourquoi cet El Niño est surveillé comme rarement auparavant

Le chiffre le plus saisissant ne concerne pourtant aucun cyclone. Selon le Climate Prediction Center de la NOAA, la probabilité atteint 69 % pour qu’El Niño dépasse, entre octobre et décembre, les épisodes mesurés depuis 1950 avec l’indicateur RONI. La probabilité d’un événement « très fort » dépasse même 90 %.

Cela ne signifie pas qu’El Niño « fabrique » directement chaque ouragan. La mécanique des cyclones reste complexe. Elle dépend de la température de l’eau, de l’humidité et du cisaillement du vent. Les perturbations atmosphériques jouent aussi un rôle. Un Pacifique plus chaud peut toutefois fournir davantage d’énergie aux systèmes déjà favorisés.

Reste une question plus vertigineuse. Le réchauffement climatique augmente la température moyenne des océans. El Niño redistribue, lui, une grande quantité de chaleur. Lorsque ces deux influences se superposent, jusqu’où les extrêmes peuvent-ils aller ? Les prochains mois pourraient fournir une partie de la réponse, grandeur nature.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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