
Il y a un peu plus d’un siècle et demi, le célèbre naturaliste britannique Charles Darwin avait émis l’hypothèse que certaines représentantes d’un groupe de plantes comptant 450 espèces étaient carnivores. De récentes expériences ont permis de le confirmer.
Une hypothèse remontant au XIXe siècle
Pour être officiellement considérée comme une plante carnivore, une espèce doit posséder des adaptations lui permettant d’attirer, de capturer et de digérer ses proies, puis d’en absorber les nutriments. Au cœur d’un nombre impressionnant d’études, la plus célèbre d’entre elles est sans doute la dionée attrape-mouches (Dionaea muscipula).
En 1875, soit 16 ans après avoir exposé en détail sa théorie de la sélection naturelle dans son ouvrage L’Origine des espèces, Darwin évoquait sa fascination pour deux espèces du genre Saxifraga, connues pour piéger des insectes et observées dans les régions arctiques et alpines de l’hémisphère nord, ainsi que les Andes.
Si l’homme n’avait pas été en mesure de le démontrer de son vivant, c’est désormais chose faite, grâce aux travaux de Doug Soltis, de l’université de Floride, et de ses collègues. Publiés dans la revue Nature Communications, ceux-ci ont porté sur l’espèce Saxifraga candelabrum, poussant notamment sur les pentes du mont Wufeng, dans la province chinoise du Yunnan.
« Montrer que Darwin avait une nouvelle fois raison est à la fois une leçon d’humilité et une source incroyable de satisfaction », s’est réjoui le chercheur. « J’aime à penser qu’il aurait été ravi de cette découverte. »

Des preuves solides de carnivorisme
Au cours des dernières décennies, des botanistes avaient rapporté que les cils collants recouvrant les feuilles de S. candelabrum piégeaient uniquement de petits insectes. « Les plantes matures comptaient en moyenne plus de 70 insectes collés à leur surface, principalement des espèces de moucherons », détaille Hang Sun, co-auteur de la nouvelle étude.
L’équipe a entrepris de vérifier si les sécrétions produites par les structures ciliées de ces végétaux contenaient des enzymes digestives capables de décomposer les proies, ce qui s’est révélé être le cas. Dans un second temps, des « traceurs isotopiques » ont permis de confirmer que la plante absorbait les nutriments issus de la digestion des insectes.
Enfin, des séquençages génétiques ont montré que les Saxifraga partageaient avec Drosera spatulata et Roridula gorgonias un ensemble de gènes impliqués dans l’attraction des proies, leur digestion et l’assimilation des nutriments. « Ces données génomiques confirment que S. candelabrum est une véritable plante carnivore », conclut Sun.
Par Yann Contegat, le
Source: New Scientist
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