Sijilmassa n’existait plus que dans les légendes de caravanes et d’or. Ses murs de terre s’effritaient sous les dunes. Depuis 2024, des fouilles inédites bouleversent cette image. Une ville entière refait surface, avec sa mosquée, ses ruelles et ses maisons enfouies sous le Tafilalet marocain.

Comment de nouvelles fouilles archéologiques au LiDAR révèlent le plan complet de la cité perdue
Pendant des décennies, Sijilmassa n’existait que dans les récits de voyageurs médiévaux. Ces textes décrivaient une cité prospère, posée sur la route de l’or et du sel. Sur le terrain, pourtant, il ne restait que des murs en pisé, que les dunes rongeaient peu à peu. Les textes annonçaient une grandeur que le site ne montrait plus.
Depuis 2024, une nouvelle équipe dirige les fouilles, avec Asmae El Kacimi à sa tête. Elle change de méthode. Plutôt que de multiplier des sondages ponctuels, les archéologues utilisent désormais des relevés LiDAR. Cette technologie scanne le terrain au laser et reconstitue son relief en trois dimensions. Elle révèle enfin l’ampleur réelle de la ville.
Cette approche extensive change la donne. Le site révèle une organisation urbaine complète, avec mosquée, médersa, ruelles et habitations. Les chercheurs comparent désormais Sijilmassa à Volubilis, avec son decumanus et ses maisons alignées. On y retrouve même le tracé des anciennes rues, visible pour la première fois sur un même plan.
Sijilmassa, une oasis prospère sur les routes de l’or, du sel et des pèlerins
La réussite de Sijilmassa tient d’abord à sa position. La ville ne se trouvait pas en plein désert. Elle occupait la région pré-désertique du Tafilalet, autour des oasis du fleuve Ziz. Le Ziz irriguait palmeraies et jardins, sur un terrain agricole particulièrement fertile.
Les Banou Midrar fondent la cité en 757. Sijilmassa profite alors de sa position, entre le Maghreb et les régions situées au sud du Sahara. Les caravanes y apportent de la poudre d’or venue des bassins du Niger et du Ghana médiéval. Elles l’échangent contre du sel et d’autres marchandises locales.
La cité devient aussi une puissance monétaire. Sa force économique s’affirme vraiment vers le Xe siècle, avec la frappe de ses premiers dinars d’or. Sijilmassa se situe aussi sur une route vers l’Orient. Elle devient une étape pour les pèlerins en chemin vers La Mecque.
Sous la grande mosquée, les décors qui annoncent déjà le zellige marocain
Les archéologues connaissaient déjà plusieurs phases de la grande mosquée. Une version alaouite reposait sur des niveaux plus anciens, mérinides et almoravides. Les nouvelles fouilles remontent plus loin encore. Elles révèlent un noyau datant du VIIIe siècle, au plan plus profond que large. Ce trait caractérise les mosquées les plus anciennes du monde arabe.
Quelques siècles plus tard, la cité démolit l’édifice pour s’agrandir. Ses matériaux servent alors à rehausser le niveau du sol. Cette opération emprisonne des fragments précieux, plâtres sculptés et peintures murales. Leurs motifs géométriques et végétaux ont posé les bases esthétiques du futur zellige marocain.
Ce que tombes et objets du quotidien racontent de la vie à Sijilmassa
À quelques mètres de la mosquée, les archéologues ont mis au jour une vaste nécropole. Elle se trouve derrière le mur de la qibla, là où l’on enterrait les grandes personnalités de la cité. Le site couvre une période du VIIIe au XIVe siècle. Certaines sépultures d’adultes portent encore des traces de flèches, logées dans les vertèbres.
À proximité, une fosse servait aussi de dépotoir. Elle livre un autre aperçu du quotidien, entre objets domestiques, éléments d’architecture, bouteilles en verre et perles. Les chercheurs y ont même découvert des carreaux de zellige émaillés des deux côtés. Cette particularité unique pourrait éclairer un peu plus cet art ancestral.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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