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En 1904, cette école allemande faisait classe en pleine forêt pour protéger les enfants de la tuberculose

Pourquoi des enfants étudiaient-ils dehors, emmitouflés sous des couvertures, parfois par des températures proches de zéro ? À Berlin, une école pionnière avait supprimé les murs de ses classes pour combattre un ennemi alors terrifiant : la tuberculose.

Enfants emmitouflés étudiant à des pupitres en bois dans une école de plein air au cœur d’une forêt berlinoise en 1904.
Dans la forêt du Grunewald à Berlin, des élèves suivent un cours en plein air, protégés du froid par des manteaux et des couvertures, selon le modèle pionnier de la Waldschule ouverte en 1904 – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une école forestière pionnière installée au cœur du Grunewald à Berlin en 1904 historique

Le 1er août 1904, 95 enfants fragiles quittent les rues encombrées de Charlottenburg pour rejoindre les pins du Grunewald, à l’ouest de Berlin. Leur nouvel établissement porte un nom révélateur : « Waldschule für kränkliche Kinder« , l’« école forestière pour enfants maladifs ». Ici, on installe les pupitres dehors et les arbres remplacent les murs.

Le pédiatre Bernhard Bendix et l’inspecteur scolaire Hermann Neufert portent le projet. L’architecte Walter Spickendorff reçoit une mission inhabituelle : préserver le terrain, conserver les arbres et maximiser l’exposition au soleil. Les repas, les exercices et les temps de repos font partie du traitement autant que les leçons.

La tuberculose transforme les villes industrielles en environnements sanitaires mortels

Au début du XXe siècle, la tuberculose figure parmi les maladies les plus meurtrières. Elle se transmet surtout dans les espaces clos, mal ventilés et surpeuplés. Les quartiers ouvriers réunissent précisément ces conditions, auxquelles s’ajoutent la malnutrition et des logements humides. Pour les médecins, certains enfants semblent vivre au bord de la maladie.

La Waldschule n’accueille donc pas uniquement de jeunes tuberculeux. Beaucoup sont anémiés, sous-alimentés ou vivent auprès d’un proche contaminé. À cette époque, les médecins qualifient ces profils de « pré-tuberculeux ». Les envoyer en forêt doit permettre de rompre avec l’air confiné tout en poursuivant leur scolarité.

Aucun antibiotique efficace n’existe encore contre la maladie. Le premier traitement réellement actif, la streptomycine, n’apparaîtra que plusieurs décennies plus tard. Les médecins misent donc sur ce qu’ils possèdent : nourriture abondante, repos, exercice modéré, lumière et air frais. Une médecine imparfaite, certes, mais guidée par une intuition sanitaire pertinente.

Des classes ouvertes en hiver où la ventilation permanente devient une règle vitale

Lorsque la pluie ou le froid deviennent trop intenses, les élèves se réfugient dans de modestes pavillons. Pourtant, ces abris ne ressemblent guère aux classes traditionnelles. Leurs larges ouvertures maintiennent une ventilation presque permanente. Les enfants gardent manteaux, bonnets et couvertures, puis poursuivent leurs exercices pendant que l’air glacé circule.

Cette organisation ne repose pas seulement sur l’air extérieur. Les journées alternent apprentissage, jeux, repas nourrissants et longues pauses allongées. Les premiers rapports signalent une amélioration générale de l’état des élèves, même s’il reste difficile, avec les critères scientifiques actuels, d’isoler l’effet précis de la forêt de celui du repos et de l’alimentation.

L’expérience attire rapidement médecins, pédagogues et responsables politiques. Des établissements comparables apparaissent en Belgique, en Suisse, en Italie et en France, puis en Hongrie et en Suède. Le mouvement gagne également l’Amérique du Nord. En quelques années, la classe en plein air devient une réponse internationale aux maladies urbaines.

Une expérience berlinoise qui inspire rapidement les écoles de plein air mondiales

Ces écoles évoluent ensuite avec l’architecture moderne. Certaines disposent de parois mobiles, de terrasses ou de salles entièrement vitrées. Leur objectif reste identique : laisser entrer le soleil et renouveler constamment l’air. On ne pense plus l’école comme une boîte fermée, elle devient un véritable outil de santé publique.

Les antibiotiques, la vaccination et l’amélioration des logements font progressivement reculer la tuberculose dans les pays industrialisés. Pourtant, la maladie n’a pas disparu : l’Organisation mondiale de la santé estime qu’elle a encore causé 1,23 million de morts en 2024. L’aération demeure, elle aussi, essentielle contre plusieurs infections respiratoires.

Plus d’un siècle après Charlottenburg, les écoles végétalisent leurs cours, expérimentent les classes dehors et surveillent davantage la qualité de l’air intérieur. L’établissement de 1904 ne fournissait pas une solution miracle, mais il posait une question toujours actuelle : un bâtiment scolaire protège-t-il vraiment les enfants lorsqu’il les coupe de l’air, du soleil et de la nature ?

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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