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Les archéologues ont trouvé les outils des pilleurs posés sur le fond lors de leur première plongée sur le site

À vingt mètres de fond au large de Cannes, un navire grec attend depuis deux mille deux cents ans. Son gouvernail et son dispositif de pompage y reposent encore. Des pilleurs organisés l’avaient pourtant repéré. Ils commençaient à le vider quand les archéologues du DRASSM ont plongé pour la première fois.

Épave grecque antique reposant sur le fond marin au large de Cannes, entourée d’amphores et de vestiges de coque en bois.
Au large de Cannes, les archéologues étudient une rare épave hellénistique conservée avec sa cargaison d’amphores, son gouvernail et des éléments de coque vieux de plus de deux millénaires – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un navire hellénistique couché sur le flanc, et une conservation que les spécialistes décrivent comme exceptionnelle

Sa cargaison d’amphores transportait du vin de la côte tyrrhénienne, produit entre Rome et Naples. La datation tombe ainsi dans les décennies qui ont suivi 200 avant notre ère. Le navire repose couché sur le flanc bâbord. Cette position a donc préservé la coque en bois depuis le naufrage. Pour cette époque, les épaves en aussi bon état restent rarissimes en Méditerranée occidentale. La plupart des sites antiques ne livrent, en effet, que des céramiques éparpillées sur le sable.

Le chantier mobilise deux institutions : la responsable scientifique côté DRASSM est Franca Cibecchini, Pierre Poveda représente le CNRS au sein du Centre Camille Jullian. Elle insiste sur la rareté scientifique de pouvoir étudier ensemble la structure du bâtiment et ses amphores. Le gouvernail bâbord, dégagé en 2024, compte parmi les très rares exemplaires conservés depuis l’Antiquité. Son bras de manœuvre est toujours solidaire.

Le pillage qui a transformé la première fouille programmée en opération de sauvetage

Le programme scientifique pour le printemps 2022 prévoyait une fouille ordinaire. Ce que les équipes ont trouvé dès la première descente ressemblait pourtant à un chantier de démolition. Des sillons ouverts dans la posidonie couraient sur toute la longueur de la coque. Des cols d’amphores brisés s’entassaient pêle-mêle. Sur le fond reposait aussi le matériel des intrus : scies, pelles, burins, ballon de levage.

La gendarmerie maritime a aussitôt reçu la plainte. Un mois plus tard, une descente à Antibes a mis au jour une soixantaine d’amphores volées dans le garage d’un particulier. Deux amateurs de plongée se sont ainsi retrouvés en garde à vue. Le duo, surnommé les « pirates » par leurs pairs, a fini par admettre les faits. L’un d’eux a finalement invoqué sa seule passion pour les objets anciens.

Chaque pièce sortie de son contexte emporte pourtant des données irréversibles. Ces données sur les routes marchandes de cette époque, la restauration ne les reconstituera jamais. De fait, le site est désormais interdit au mouillage et à la plongée par décision préfectorale.

Ce que la campagne 2026 a remonté du fond

Le chantier pluriannuel, hérité de l’urgence de 2022, continue de livrer. Le total des amphores dépasse désormais le cap des deux cents. En 2026, c’est le mécanisme d’assèchement du bord qui a rejoint la surface. Pour Pierre Poveda, cette pièce représente, à ce jour, l’attestation la plus ancienne d’un tel système hydraulique dans l’Antiquité méditerranéenne. Des pièces de décoration peintes, vraisemblablement issues de la poupe, ont également rejoint la collection.

En 2024, les plongeurs avaient mis la main sur un objet discret mais éloquent. Un outil d’écriture sur tablette de cire, avec la tablette elle-même. Ces quelques centimètres de bois trahissent néanmoins la présence d’un homme instruit parmi l’équipage, peut-être commerçant, peut-être officier. Ce qu’il notait dans les dernières heures du voyage reste inconnu. La partie arrière du navire, encore non explorée, pourrait contenir la réponse.

Un site inscrit aux Meilleures Pratiques de l’UNESCO et trois ans de fouilles encore prévues

Le DRASSM et le Centre Camille Jullian ont ainsi obtenu pour ce site le label des Meilleures Pratiques de l’UNESCO. Ce label reconnaît la rigueur scientifique et la stratégie de conservation engagées depuis 2022. Trois saisons supplémentaires restent au programme, à commencer par l’exploration de la poupe.

Sur le plan judiciaire, toutefois, l’affaire n’est pas close. Du côté des scientifiques, l’objectif est de voir la collection accueillie dans une institution cannoise. Le public pourrait alors la découvrir, plutôt que de la savoir dispersée dans des caves particulières. Ce que les plongeurs clandestins n’ont pas atteint reste au fond, intact, pour les générations qui viennent.

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