Et si les PFAS laissaient une empreinte chimique exploitable ? Au Japon, des chercheurs montrent qu’un instrument déjà présent dans laboratoires pourrait aider à retrouver l’origine industrielle de ces polluants ultrarésistants, détectés dans l’eau, les sols et jusque dans le vivant.

Les PFAS se propagent partout et leur persistance complique toute dépollution durable
Les PFAS fascinent autant qu’ils inquiètent. Conçus pour résister à la chaleur et repousser l’eau comme les graisses, ils se sont glissés dans des poêles, des textiles, des mousses anti-incendie et de nombreux procédés industriels. Or, une fois relâchés, ces composés deviennent presque impossibles à effacer du paysage.
Cette persistance leur a valu un surnom redoutable, celui de polluants éternels. D’ailleurs, l’Agence américaine de protection de l’environnement rappelle que certains PFAS sont associés à des effets nocifs chez l’être humain et les animaux. Dans le même temps, l’Agence européenne pour l’environnement souligne l’ampleur croissante de leur présence dans les eaux du continent.
Retrouver l’origine des PFAS reste difficile car ces molécules brouillent les pistes
Sur le papier, identifier la source d’une pollution paraît simple. En réalité, c’est une autre histoire. Les PFAS circulent, se diluent, se déposent, puis repartent avec l’eau ou l’air. Ainsi, une rivière contaminée peut raconter plusieurs histoires à la fois. Et chacune mène vers une usine, un site d’entraînement ou un ancien usage industriel différent.
Les scientifiques disposent bien d’outils isotopiques pour suivre certains polluants. Ils lisent alors les variations naturelles du carbone contenues dans les molécules. Mais pour des substances aussi stables que le PFOS ou le PFOA, l’approche classique repose souvent sur la spectrométrie de masse à rapport isotopique. Et, surtout, elle impose des étapes de conversion chimique parfois lourdes avant la mesure.
C’est précisément ce verrou qu’une équipe japonaise a voulu faire sauter. Dirigés par Hiroto Kawashima, du Shibaura Institute of Technology, les chercheurs ont testé un spectromètre de masse Orbitrap. Leur objectif était clair : lire directement la signature isotopique du carbone dans deux PFAS emblématiques. L’étude a été publiée en 2026 dans Environmental Science & Technology Letters.
L’Orbitrap permet d’analyser la signature isotopique des PFAS sans étape lourde
L’intérêt de l’Orbitrap tient à sa très haute résolution. Au lieu de passer par une combustion préalable, l’appareil peut distinguer des écarts infimes de masse entre molécules presque jumelles. Dès lors, il devient possible de mesurer la signature isotopique du PFOS et du PFOA de façon plus directe. Et cette lecture reste proche de la méthode de référence.
Les résultats n’ont rien d’un simple tour de laboratoire. D’après l’équipe, l’écart avec les mesures obtenues par la méthode EA-IRMS reste inférieur à ±2,0 ‰. Ce niveau paraît donc assez solide pour envisager un usage analytique crédible. Mieux encore, des essais sur des eaux de rivière enrichies à très faible concentration ont montré que la lecture isotopique restait possible.
Cette avancée pourrait aider les autorités à relier une pollution PFAS à sa source
L’enjeu dépasse largement la technique. Si chaque source industrielle laisse une empreinte chimique légèrement différente, les autorités pourraient comparer les signatures retrouvées dans l’environnement avec celles de rejets connus. Autrement dit, une pollution diffuse, frustrante et presque anonyme deviendrait beaucoup plus traçable.
Ce serait un changement de décor pour la surveillance des nappes, des cours d’eau et parfois de l’eau potable. En Europe, l’Agence européenne pour l’environnement estime déjà à environ 23 000 sites contaminés le nombre de zones touchées par les PFAS, dont près de 2 300 points chauds. Dans ce contexte, mieux attribuer les sources devient presque aussi crucial que dépolluer.
Rien n’indique encore que cette méthode suffira, à elle seule, à résoudre l’énigme mondiale des PFAS. En revanche, elle apporte ce qui manquait souvent aux débats publics sur ces substances : une piste concrète, presque judiciaire, pour relier une pollution à son origine. Peut-être que la prochaine bataille contre les polluants éternels commencera non par les détruire, mais par les faire parler ?
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
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