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Sur la Garonne, un couloir de protection écologique se retourne contre les saumons à cause d’un prédateur

L’ascenseur à poissons de Golfech devait préserver la biodiversité de la Garonne. Pourtant, il s’est transformé en un piège redoutable. En effet, des silures y ont développé une stratégie de chasse implacable. Ils déciment ainsi une part critique des migrateurs.

Grand silure dans une passe à poissons avec des saumons migrateurs.
Dans les couloirs étroits des passes à poissons, les migrateurs disposent de peu d’espace pour échapper aux grands silures. Cette scène illustre la pression exercée sur les saumons de la Garonne. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Pourquoi les infrastructures écologiques de la Garonne facilitent la tâche de ce redoutable prédateur

EDF a mis en service la passe de Golfech en 1987. Elle devait corriger l’impact écologique du barrage hydroélectrique. Cependant, elle forme un goulot d’étranglement de deux mètres de large. Selon une étude de PLoS ONE, ce confinement extrême prive les saumons d’espace d’esquive.

Les recherches de 2016 sont formelles. Les agressions menées en dehors du couloir échouent fréquemment. En effet, les proies savent fuir en eau libre. En revanche, le taux de prédation atteint 35 % à l’intérieur du dispositif. Une chasse ardue devient ainsi un festin garanti.

Une modification comportementale inédite qui prouve l’incroyable plasticité biologique du géant des rivières

Ces animaux ont été aperçus dans la structure dès 1995. Depuis, ils ont progressivement colonisé le site par apprentissage. Ces poissons à grande longévité ont affiné leurs tactiques. Ils parviennent même à remonter le courant de la passe. Ils interceptent alors directement les migrateurs.

De plus, cette adaptation bouscule l’horloge interne de l’espèce. Ces prédateurs sont habituellement nocturnes. Pourtant, de nombreux individus chassent désormais en plein jour, entre 8 h et 17 h. Ils s’alignent donc sur les horaires de passage de leurs cibles. Cette flexibilité temporelle démontre une intelligence adaptative redoutable.

Les dimensions de ces spécimens bloquent physiquement le passage. Ils peuvent en effet atteindre 2,7 mètres et 130 kilos. Les aloses subissent également ce fléau. Leur taux d’attaque dépassait 37 % en 2019. L’analyse stomacale des grands silures confirme d’ailleurs qu’elles constituent l’essentiel de leur alimentation printanière.

Une pression environnementale fatale pour une population de saumons déjà au bord de l’extinction

Cette pression s’exerce sur une espèce en plein effondrement. En effet, les effectifs néo-aquitains ont chuté de moitié en 2025. Le renouvellement des générations est désormais menacé, avec moins de 600 géniteurs recensés. Ce déclin historique a d’ailleurs vu l’habitat du poisson réduire de 70 % depuis 1900.

La population de la Loire était autrefois florissante. Elle comptait 100 000 passages annuels au XIXe siècle. Aujourd’hui, elle regroupe moins de 1 000 individus. Les pertes subies à Golfech accentuent donc la vulnérabilité de ces animaux. Le bouleversement des cycles océaniques les accable aussi en pleine mer.

L’épineux défi de la régulation face à un écosystème profondément modifié par l’homme et le climat

La gestion de la crise oppose en effet les usagers des fleuves. En 2024, un conseil national a suggéré d’interdire la remise à l’eau des captures. Cette mesure visait notamment à freiner l’espèce. Cependant, les campagnes de prélèvements ciblés affichent un bilan décevant.

L’éradication locale s’avère finalement inefficace. De nouveaux prédateurs remplacent immédiatement les poissons retirés. Ils sont motivés par cet accès facile aux proies. Le nœud central du problème demeure néanmoins l’existence du barrage. Le réchauffement climatique global vient lourdement aggraver cette anomalie structurelle.

La hausse des températures de la Garonne favorise ce géant. Les espèces d’eaux fraîches en pâtissent en revanche. De plus, une mortalité accrue en Atlantique Nord explique les fléchissements observés depuis 2024. L’avenir du migrateur dépend donc de facteurs dépassant largement nos cours d’eau.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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