Sous le bitume de Cincinnati se cache le plus grand réseau ferroviaire fantôme des États-Unis. Construit au début du XXe siècle, ce métro de six stations n’a pourtant jamais accueilli de passagers. Plongée dans un incroyable fiasco industriel qui continue de hanter la municipalité.

Du canal insalubre au projet de transport moderne : la naissance d’une folle ambition à Cincinnati
Au XIXe siècle, le canal Miami-Érié traversait Cincinnati avant de devenir un égout à ciel ouvert obsolète. Pour moderniser la septième ville des États-Unis, les autorités locales décidèrent en 1912 de recycler ce tracé en un ambitieux réseau de transport souterrain.
Validé par un vote massif de la population, le chantier de ce nouveau métro débuta finalement en janvier 1920. Doté d’un budget initial de six millions de dollars, le projet prévoyait une vaste boucle ferroviaire sous l’artère de Central Parkway.
Comment l’inflation et les erreurs techniques ont définitivement condamné les rames souterraines
Dès l’année suivante, une forte inflation frappa de plein fouet les travaux de construction. Les fonds disponibles s’épuisèrent rapidement, obligeant la municipalité à réduire drastiquement la voilure du tracé initial. En 1923, plus de trois kilomètres de galeries étaient pourtant achevés.
Cependant, les caisses publiques se vidèrent complètement avant la pose des rails et des équipements. Le réseau devint un immense squelette de béton inutilisable, tandis que l’essor de l’automobile individuelle modifiait radicalement les priorités de la ville.
Par la suite, les tentatives de reconversion échouèrent toutes de manière ironique. Les tramways de banlieue se révélèrent trop longs pour négocier les virages. Plus tard, la municipalité s’aperçut que les wagons de fret ne pouvaient même pas y entrer.
De l’abri antiatomique aux fibres optiques : les surprenantes vies successives du réseau fantôme
Durant la Guerre froide, l’infrastructure trouva une utilité totalement imprévue. Les autorités transformèrent temporairement une station en un abri nucléaire équipé de couchettes, illustrant la trajectoire singulière de ces galeries définitivement désertées par les usagers.
Plus tard, la modernité s’invita sous terre de façon plus pragmatique. Une grande canalisation d’eau potable ainsi que des réseaux de fibre optique occupent désormais ces espaces, remplaçant les flux de voyageurs qui étaient initialement espérés.
Un gouffre financier indestructible que les habitants refusent toujours de réhabiliter
Malgré son inactivité séculaire, cette structure en béton demeure dans un excellent état de conservation. La municipalité est d’ailleurs contrainte de l’entretenir régulièrement à grands frais afin de garantir la stabilité de la route située juste au-dessus.
En 2002, une proposition de transformation de ces galeries en lignes de tramway régional fut soumise à un référendum. Cependant, la majorité des citadins rejeta la hausse de taxe nécessaire, scellant définitivement le destin de l’infrastructure.
Dès lors, le grand public peut arpenter ces quais déserts uniquement lors d’une visite guidée annuelle organisée en mai. Pour cinquante dollars, les curieux parcourent ce monument industriel unique, totalement dépourvu de la moindre voie ferrée.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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