Le cosmos pourrait changer moins vite qu’annoncé. Après les indices publiés autour de DESI, Samsuzzaman Afroz et Suvodip Mukherjee rappellent qu’un petit désaccord entre jeux de données peut changer une conclusion cosmologique entière.

Comment DESI a ravivé la question d’une énergie sombre qui pourrait varier dans le temps
DESI, le Dark Energy Spectroscopic Instrument, observe la lumière de millions de galaxies depuis le télescope Mayall, en Arizona. Son but est concret : reconstruire une carte en trois dimensions pour suivre l’expansion de l’Univers sur environ 11 milliards d’années.
Cette expansion accélère depuis plusieurs milliards d’années. Les cosmologistes l’attribuent à l’énergie sombre, une composante invisible qui agit comme un moteur diffus. Dans le modèle standard, appelé Lambda-CDM, cette énergie se comporte comme une constante cosmologique, stable au fil du temps.
Les résultats DESI DR2, publiés le 19 mars 2025, ont relancé le débat. Combinés à des mesures de supernovae et au fond diffus cosmologique, ils suggéraient une énergie sombre dynamique. Autrement dit, sa pression et sa densité pourraient évoluer, comme un thermostat cosmique mal réglé.
Pourquoi deux méthodes de distance cosmique peuvent déplacer toute l’interprétation des données
Samsuzzaman Afroz et Suvodip Mukherjee, chercheurs à l’Institut Tata de recherche fondamentale, ont testé la cohérence entre deux repères utilisés en cosmologie. Les supernovae de type Ia servent de chandelles standard, car leur éclat permet d’estimer une distance lumineuse.
Les oscillations acoustiques baryoniques, souvent abrégées BAO ou OAB, jouent un autre rôle. Ce sont des traces de densité laissées par des ondes sonores dans l’Univers jeune. Elles forment une règle cosmique, comparable aux graduations d’un mètre posé dans le ciel.
La comparaison compte, car DESI s’appuie justement sur ces repères pour lire l’histoire de l’expansion. Quand deux instruments conceptuels ne donnent pas exactement le même réglage, la question devient moins cosmologique que métrologique : la règle mesure-t-elle vraiment juste ?
Comment la dualité des distances révèle un possible biais systématique dans les mesures
Leur analyse repose sur la dualité des distances cosmiques. Cette relation dit qu’une distance mesurée par l’éclat et une distance déduite par la taille apparente doivent rester compatibles. Si elles divergent, un biais systématique peut contaminer l’interprétation.
Le biais systématique n’est pas une erreur aléatoire qui se compense avec plus de données. Il ressemble plutôt à une balance mal tarée. Chaque mesure paraît précise, mais l’ensemble se décale dans la même direction et peut fabriquer un signal trompeur.
Pourquoi les prochaines cartes du ciel devront confirmer la mesure avant la découverte
La prudence ne retire pas l’intérêt de DESI. Le 15 avril 2026, l’équipe a annoncé avoir terminé son relevé initial avec plus de 47 millions de galaxies et quasars observés, contre 34 millions prévus. L’instrument continue maintenant vers une carte plus large.
Les résultats complets attendus autour de 2027, ainsi que les données du télescope spatial Euclid de l’ESA, devraient resserrer le test. L’enjeu n’est plus seulement d’accumuler des objets lointains, mais de vérifier que deux règles de distance donnent le même chiffre.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Source: sciencepost.fr
Étiquettes: cosmologie, énergie sombre
Catégories: Actualités, Sciences physiques