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Les fonds marins restent moins lisibles que Mars, et cette carte manquante pèse déjà sur la protection de l’océan vivant

Les océans couvrent l’essentiel de la Terre. Pourtant, leur relief reste largement reconstruit par déduction, alors que Mars et Vénus disposent de cartes planétaires très détaillées. Cette lacune pèse sur la biodiversité, le climat, la sécurité maritime et les choix miniers.

Navire océanographique sondant un relief sous-marin profond avec faisceau sonar.
Un navire de recherche balaie le relief abyssal, rappelant combien la connaissance du plancher océanique reste fragmentaire. Cette cartographie conditionne déjà la protection des écosystèmes profonds. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Pourquoi 28,7 % du plancher océanique change la lecture de notre propre planète

Mitsuyuki Unno, directeur exécutif de la Nippon Foundation, a présenté en 2026 le dernier bilan Seabed 2030: 28,7 % du plancher océanique mondial est cartographié selon des standards modernes. Le reste demeure mal mesuré, comme une ville réduite à quelques rues floues.

Cette cartographie s’appelle la bathymétrie, c’est-à-dire la mesure des profondeurs et du relief sous l’eau. Elle repère les dorsales, les fosses et les monts sous-marins. La NOAA rappelle que les cartes globales comblent encore de vastes zones par des estimations satellitaires.

Le frein physique qui rend le sonar plus lent qu’un regard depuis l’orbite

L’écart avec les planètes voisines tient surtout à la physique. L’eau absorbe vite la lumière, les lasers et les ondes radio. Dans l’espace, ces signaux voyagent loin. Sous 3 700 mètres d’eau en moyenne, le sonar devient l’outil central, donc plus lent et plus coûteux.

Le sonar multifaisceau envoie des impulsions sonores sous un navire et mesure leur retour. Le mot sonar désigne ici une détection par le son. L’image obtenue ressemble à un balayage de lampe torche sur un relief, ligne après ligne, jusqu’au profil complet.

NASA indique que Magellan a imagé 98 % de Vénus au radar, à environ 100 mètres de résolution. Sur Mars, les mosaïques orbitales atteignent couramment 100 mètres par pixel, avec des images locales plus fines. L’océan terrestre exige des passages physiques beaucoup plus nombreux.

Les abysses déjà vus montrent une biodiversité encore très incomplète

Les chiffres deviennent encore plus nets quand on parle d’images. Une étude publiée dans Science Advances estime que moins de 0,001 % du fond océanique profond a été observé visuellement. Cette surface représente environ un dixième de la Belgique, pour 66 % de la planète.

Ocean Census a annoncé 866 espèces marines nouvelles en 2025, dont un requin guitare et un pipehorse pygmée de 4 centimètres. Le programme associe la Nippon Foundation et Nekton pour accélérer l’identification, tandis que la chimiosynthèse explique certains écosystèmes sans lumière.

Les cartes manquantes pèsent sur les choix miniers et la protection du vivant

Les monts sous-marins concentrent courants, nutriments et espèces endémiques, c’est-à-dire présentes dans une zone limitée. En 2023, des chercheurs ont signalé plus de 19 000 monts sous-marins auparavant inconnus grâce aux satellites, preuve qu’un relief majeur peut rester hors carte.

L’Autorité internationale des fonds marins encadre les contrats d’exploration dans les eaux internationales. En 2025, elle recensait 30 contrats en vigueur, dont 19 pour les nodules polymétalliques. Ces nodules sont des galets riches en métaux, posés sur certains fonds abyssaux.

Le trou noir océanique rétrécit, mais il ne disparaît pas. Entre 2025 et 2026, la part cartographiée est passée de 27,3 % à 28,7 %. À ce rythme, chaque campagne ajoute des millions de kilomètres carrés et révèle des reliefs que personne n’avait dessinés.

Par Eric Rafidiarimanana, le

Source: sciencepost.fr

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