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Entre Newton et matière noire, une nouvelle mesure resserre le débat sur les grandes structures cosmiques invisibles

La gravité vient de passer un test très lointain. En suivant le mouvement de 686 000 galaxies, une équipe menée par Patricio A. Gallardo confirme que l’attraction faiblit comme le prévoit Newton, même aux grandes distances cosmiques.

Champ profond de galaxies spirales et amas lumineux dans l’espace noir.
Un champ de galaxies lointaines évoque les mesures gravitationnelles réalisées à très grande échelle. L’image illustre l’Univers profond où la matière noire reste invisible mais centrale. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Pourquoi 686 000 galaxies remettent la matière noire au centre du débat

Le résultat publié dans Physical Review Letters ne dit pas que tout est résolu. Il retire plutôt une porte de sortie commode. Si la gravité se comporte comme prévu entre des amas séparés par 30 à 230 mégaparsecs, l’écart observé dans les galaxies demande autre chose.

Cette autre chose porte le nom de matière noire. La NASA la décrit comme une matière qui n’émet, n’absorbe et ne réfléchit pas la lumière. Elle pèserait près de 85 % de toute la matière, comme une armature invisible dans un immeuble déjà construit.

Comment le signal kSZ transforme une trace lumineuse en mesure de gravité

Patricio A. Gallardo, cosmologiste à l’Université de Pennsylvanie, et ses collègues ont utilisé les cartes du télescope cosmologique d’Atacama. Ils les ont croisées avec un catalogue de galaxies du Sloan Digital Sky Survey, afin de suivre des paires de halos massifs.

Un halo désigne l’enveloppe de matière, visible ou non, qui entoure une galaxie ou un amas. Le test ne suit donc pas des étoiles une par une. Il mesure une tendance collective, comme le courant d’une foule vu depuis un balcon.

Le chiffre clé tient dans l’exposant mesuré. L’équipe obtient n = 2,1, avec une incertitude de 0,3. En clair, la force décroît presque exactement avec le carré de la distance, la signature attendue dans le modèle cosmologique standard.

Ce que la loi de l’inverse des carrés dit encore aux grandes distances

La méthode repose sur l’effet Sunyaev-Zel’dovich cinématique, souvent abrégé kSZ. Ce terme désigne une minuscule trace laissée dans le fond diffus cosmologique, la première lumière encore observable de l’Univers, quand elle traverse du gaz chaud en mouvement.

Le signal reste faible, car les photons changent à peine d’énergie. Mais l’accumulation de centaines de milliers de galaxies rend la mesure exploitable. C’est l’équivalent d’entendre une note ténue en la faisant répéter par un très grand chœur.

Pourquoi ce résultat laisse la matière noire invisible sans identité précise

Le fond diffus cosmologique sert ici de toile lumineuse. Les amas qui se rapprochent déforment légèrement cette toile, puis les chercheurs déduisent leur vitesse moyenne. Cette vitesse indique la force gravitationnelle qui les attire sur plusieurs milliards d’années-lumière.

Cette mesure ne prouve pas la nature de la matière noire. Elle rend seulement moins confortable l’idée que les lois de Newton et d’Einstein échoueraient brutalement aux grandes échelles. Les modèles de gravité modifiée gardent des pistes, mais moins d’espace.

Le résultat cadre avec le modèle Lambda CDM, où la matière noire aide les galaxies à se former. Les futures cartes du ciel, dont celles d’Euclid et des grands relevés terrestres, devront préciser ce squelette cosmique sans le voir directement.

Par Eric Rafidiarimanana, le

Source: sciencepost.fr

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