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« C’était mieux avant » : pourquoi nous idéalisons le passé depuis des millénaires

Rien de neuf sous le soleil

— © 1950sUnlimited / Flickr

Si vous posez la question à vos grands-parents, ils vous diront probablement que les chansons d’antan étaient meilleures ou que les voitures avaient plus de caractère. Il s’avère que cette idée d’un âge d’or perdu est solidement ancrée dans le cerveau humain depuis des millénaires.

Âge(s) d’or perdu(s)

Récemment, le sociologue Ze Hong, de l’université de Macao, s’est penché sur des textes historiques remontant jusqu’à l’Antiquité, afin de déterminer si cette vision idéalisée du passé était autrefois répandue.

Dans son poème Les Travaux et les Jours, l’auteur grec Hésiode déplorait le déclin de l’humanité, et une existence autrefois idyllique ayant laissé place à un quotidien fait d’épreuves et de peine. Les croyances aztèques étaient, de leur côté, centrées sur la destruction d’un royaume prospère par un esprit maléfique. En Europe, certains textes médiévaux d’alchimistes attribuaient essentiellement l’incapacité à produire la pierre philosophale à la perte du savoir antique et à l’essor des « charlatans ».

Selon la nouvelle étude, publiée dans la revue Human Nature, l’idée du « c’était mieux avant » est liée à plusieurs mécanismes psychologiques. Notamment le biais de négativité, c’est-à-dire la tendance à se concentrer sur les aspects négatifs de notre existence, qui pourrait trouver ses racines chez nos ancêtres préhistoriques, évoluant dans des environnements où les menaces étaient omniprésentes.

À cela s’ajoute un biais de mémoire, avec des expériences négatives du passé souvent effacées ou enjolivées. Associé au premier, il va créer « l’illusion d’un passé plus supportable, et d’un déclin progressif », note Hong. « Plusieurs études récentes ont montré que nous avions tendance à percevoir certaines vacances lointaines comme plus agréables ou mémorables. »

— Kateryna Kon / Shutterstock.com

Nostalgie collective

Le chercheur évoque également des récits ancestraux progressivement déformés afin de glorifier le passé, avec, par exemple, des rumeurs de sorcellerie ayant pris une ampleur considérable en Europe entre le XVe et le XVIIe siècle et conduisant, selon les historiens, à l’idée d’une perte de moralité et d’une menace émergente qu’il fallait éliminer à tout prix.

D’après lui, cette forme de « nostalgie collective » favoriserait la cohésion de groupe et le conservatisme idéologique.

« En se présentant comme les restaurateurs d’un âge d’or perdu ou les garants de traditions anciennes, les dirigeants ou figures religieuses peuvent renforcer leur légitimité et justifier la structure du pouvoir », conclut Hong.

Concernant la musique mainstream, une étude menée il y a deux ans avait montré que le « c’était mieux avant » s’appliquait réellement aux paroles et aux mélodies, aujourd’hui nettement moins recherchées qu’elles pouvaient l’être il y a quelques décennies.

Par Yann Contegat, le

Source: IFL Science

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