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Les spécialistes américains du climat fuient la politique de Trump et s’installent en France

Depuis que Donald Trump a retiré les États-Unis des accords de Paris, la France a mis en place un programme de 60 millions d’euros pour inciter les spécialistes américains du climat à venir poursuivre leurs recherches dans l’Hexagone. Et ça marche.

Le succès de « Make our planet great again »

Que comprend l’offre du président français aux scientifiques étrangers, lancée le 8 juin dernier ? Quatre ans de subventions, qui peuvent se monter jusqu’à 1,5 million d’euros. Un programme qui attire, comme le souligne Anne Peyroche, biologiste au CNRS : « Toutes les heures, de nouveaux chercheurs font une demande ».

Si la plupart des postulants ne comptent pas rester plusieurs années mais seulement faire leurs armes en France, 154 scientifiques ont l’intention de rester en France au moins 4 ans, ce qui est particulièrement bénéfique pour le pays. A la mi-septembre, 80 candidats seront retenus pour finalement, à la fin du mois de novembre, laisser place à 50 grands gagnants.

Les scientifiques y voient l’occasion d’ouvrir de nouveaux horizons

Aux États-Unis, la recherche sur le climat menace d’être gravement entravée par les coupes franches voulues par Trump dans le budget dédié, qui doivent être bientôt validées par le Sénat. C’est pourquoi de nombreux chercheurs comme Kim Cobb, paléoclimatologue au Georgia Intitute of Technology d’Atlanta voit dans l’offre française une « proposition très alléchante pour de nombreux scientifiques américains ».

Dans la même optique, Ashley Ballantyne, bioclimatologue à l’université du Montana de Missoula souligne l’opportunité que représente ce programme français. En effet, il souhaite créer un réseau global intégré d’observation du carbone, comprenant l’étude de données satellites et atmosphériques pour observer la façon dont les écosystèmes s’adaptent au changement climatique. Le projet n’est pas très populaire aux États-Unis. Le chercheur avait déjà des liens avec les scientifiques français et européens, y compris au sein du Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement de Gif-sur-Yvette. L’occasion pour lui de resserrer et officialiser ces liens.

L’Allemagne emboîte le pas à la France, mais des scepticismes demeurent

Bien que le futur programme allemand, qui s’inscrira dans la même lignée que « Make our planet great again », ne soit pas encore clairement défini, il est déjà certain que le gouvernement allemand allouera 15 millions d’euros à une offre similaire pour les scientifiques étrangers. Selon Anne Peyroche, les chercheurs ciblés seront plus jeunes ou moins expérimentés que dans le programme français.

Si les spécialistes français du climat supportent globalement la rigueur d’Emmanuel Macron concernant les accords de Paris, certains soulignent que le programme a surtout vocation à mettre la France en valeur aux yeux des chercheurs étrangers. En effet, le gouvernement proposait la semaine dernière de réduire le budget de la recherche et de l’enseignement supérieur de 331 millions d’euros. Cette coupe sévère fait partie de la réduction des dépenses publiques de 3 milliards d’euros afin de pouvoir soutenir de nouvelles initiatives sans alourdir la dette nationale. Frédérique Vidal, ministre de l’éducation, précise que son budget compte parmi les moins atteints : seuls 180 millions d’euros seraient supprimés, sur un budget total de 23,85 milliards d’euros.

Biologiste à l’université de Montpellier, Patrick Lemaire souligne qu’avec de telles coupes dans le budget, l’environnement scientifique que les chercheurs étrangers trouveront en France pourrait être bien loin de celui qu’ils imaginaient. D’un autre côté, l’économiste à la World Intellectual Property Organization de Genève Sacha Wunsch-Vincent, explique que cette ouverture française envers les scientifiques étrangers fait partie du « grand changement d’image de la France », et que cela pourrait lui être bénéfique.

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