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Pour une meilleure visibilité LGBT, les OUT d’or ont récompensé ceux qui luttent au quotidien

Hier soir, se déroulait un évènement inédit en France : les Out d’Or. Organisée par l’Association des Journalistes LGBT (AJL), en collaboration avec la Maison des Métallos, c’était la première cérémonie qui récompensait la visibilité LGBT. Elle réunissait des personnes de tous horizons qui luttaient pour la même conviction : l’amélioration de la situation LGBTI. Le DGS a eu le plaisir d’assister à la remise de prix.

Accroître la visibilité de la parole LGBT

Inspirés des Glaad Awards, cérémonie américaine qui récompense les œuvres, médias et personnalités pour leur rôle dans la représentation de la communauté LGBT, les OUT d’or ont pour but de donner la parole à des personnalités issues du monde médiatique, culturel, politique, sportif et militant qui soutiennent les droits des LGBT. En effet, si on connaît désormais tous certaines célébrités qui ont ouvertement soutenu la cause, telle que Laverne Cox ou Chelsea Manning, les personnalités françaises restent quant à elle encore trop peu connues. La cérémonie était donc organisée pour les mettre en lumière afin d’oeuvrer pour une meilleure représentation des LGBT.

La cérémonie était présentée par l’hilarante comédienne Shirley Souagnon du Jamel Comedy Club et Marie Labory, journaliste d’Arte. Neuf prix étaient remis pour récompenser les meilleurs traitements journalistiques et les œuvres culturelles les plus marquantes et les engagements publics les plus forts de l’année 2016/2017. On vous présentait les différentes catégories et les nommés il y a quelques jours. Aujourd’hui, nous revenons avec vous sur l’engagement des lauréats et les moments forts de cet évènement ponctué d’émotion, de discours engagés, d’action et de pics envers toute forme d’homophobie. Cette soirée sera certainement gravée dans l’histoire de la cause LGBT en France.

Les lauréats des OUT d’or réunis sur scène

OUT d’or de la personnalité de l’année : Adrian de la Vega

Cette catégorie rassemblait des personnes qui œuvrent en permanence pour la visibilité LGBT par leur prise de parole ou leurs œuvres. Le lauréat a été élu par les votes du public. Et parce que nous sommes dans un monde qui favorise les nouveaux médias, c’est le jeune YouTubeur Adrian de la Vega qui a remporté le prix, et est devenu par la même occasion le parrain de l’évènement. Le vidéaste réalise de nombreuses vidéos qui informent sur la trans identité et cassent les clichés. Il a également été à la une de Têtu lors de son retour en kiosque en janvier 2017. Adrian est publiquement engagé pour défendre les droits des personnes trans et parle concrètement et sans tabou de la transidentité dans ses vidéos en racontant ce qu’il a vécu.

OUT d’or du documentaire : Devenir il ou elle

Première grande personnalité de la soirée, le footballeur Lilian Thuram qui vient remettre l’out d’or du documentaire tv ou radio. Il souhaite faire réagir sur l’impact de nos cultures et de notre conditionnement dans notre vision de l’homosexualité. « Souvent, les enfants sont homophobes, mais ils ne savent même pas », affirme-t-il.

Diffusé le 26 janvier 2017 sur France 5, Devenir il ou elle remporte alors le prix. La réalisatrice Lorraine Debaisieux raconte à travers son objectif l’histoire de cinq adolescents transgenres. Un choix audacieux pour la télé, mais qui est là pour rappeler à tous les enfants transgenres qu’ils ne sont pas seuls. C’est pour ça que les acteurs ont décidé de témoigner. Lena, Lucas et Elena étaient d’ailleurs présents sur scène. Une occasion de mettre en avant leur incroyable courage aux yeux du public.

 

OUT d’or de l’Entreprise : Système U

Parce que la lutte pour les droits LGBT doit être menée sur tous les fronts, il est important que le monde du travail soit représenté et montre l’exemple. Un clin d’œil aux annonceurs de Touche pas à mon poste qui se sont retiré suite à la séquence homophobe de l’émission.

A l’hiver 2015-2016, l’enseigne U a lancé une campagne publicitaire pour un catalogue de jouet non-genré. Une véritable avancée contre les stéréotypes sexistes imposés dès le plus jeune âge. C’est le créatif à l’origine du spot qui vient récupérer le prix, sous les applaudissements du public. « On est très fiers de contribuer au meilleur de la société, et si on peut faire ça au travers de la publicité plutôt que de vendre des yaourts, on est très heureux », conclue-t-il.

OUT d’or de l’enquête reportage : La « double peine » des migrants homosexuels

Vient ensuite le moment de remettre l’OUT d’or de l’enquête reportage. De nombreux sujets tous aussi intéressants et percutants les uns que les autres. Bambi, danseuse au cabaret Madame Arthur et au Carrousel de Paris dans les années 50, rappelle le contraste entre ce qu’elle a pu vivre à l’époque et ce que l’on peut voir aujourd’hui. « L’information est une libération », et c’est donc pour elle une fierté de revenir remettre cette récompense.

Paru dans le monde en octobre 2016, « La « double peine » des migrants homosexuels » de Blaise Gauquelin a mis en lumière les centaines de migrants homosexuels et transsexuels qui restaient dans le silence par peur de représailles. Beaucoup d’Africains et Africaines homosexuel-elles demandent l’asile en Europe car ils sont persécutés dans leur pays, et personne n’en parle. C’est pour remédier à ce problème que le journaliste a réalisé ce reportage. « Pour les migrants, les ténèbres ne sont pas du tout encore levées », rappelle le reporter.

 

OUT d’or de la rédaction engagée : L’Union-Ardennais

« Aujourd’hui, rendre compte des réalités ce n’est pas de l’engagement, c’est la moindre des choses. Respecter les minorités, notamment les LGBT, c’est le minimum », s’exclame Rokhaya Diallo, journaliste et activiste, venue remettre le prix de la rédaction engagée. Un prix qui lui tient à coeur car elle s’engage elle-même par son écriture.

C’est ce qu’a fait l’Union-l’ardennais en publiant dans leur édition du 23 novembre un « mur de la honte ». Après la publication d’un article sur les dégradations d’une campagne d’affichage contre le VIH mettant en scène des couples d’hommes, le journal reçoit de nombreux commentaires d’insultes sur les réseaux sociaux. Ils décident alors de les publier en une de leur journal, avec les visages et les noms des personnes, pour montrer qu’en 2016, un long chemin reste à parcourir pour faire changer les mentalités. Le lendemain, le journal publie un « mur de l’espoir » avec les commentaires félicitant l’initiative. La rédactrice en chef fait écouter au public, silencieux, les réactions insultantes et menaçantes d’un lecteur, suite au « mur de la honte ».

 

Prix Xulhax Mannan – OUT d’or de la presse étrangère : Novaia Gazeta

Xulhax Manna, journaliste et fondateur du premier magazine gay au Bangladesh, a été retrouvé assassiné avec son compagnon en avril 2016. Dans ce pays, l’homosexualité est encore un crime. C’est en son honneur que le prix de la presse étrangère a été nommé. Christophe Martet, ancien président d’Act-up et journaliste pour Hornett, vient remettre ce prix à Novaia Gazeta.

Cette journaliste russe a révélé en avril 2017 les terribles persécutions, souvent meurtrières, dont sont victimes les homosexuels en Tchétchénie. « Nous croyons que c’est inacceptable de discriminer des personnes en raisons de leur couleur de peau, leur genre ou de leur orientation sexuelle », tient à rappeler Novaia Gazeta.

En avril 2017, Novaia Gazeta a révélé au monde entier les persécutions dont ont été victimes les homosexuels en Tchétchénie

OUT d’or de la personnalité politique : Chaynesse Khirouni

Les mentalités ont parfois du mal à changer si les politiques derrière ne suivent pas le mouvement. Pilier du journal télévisé de TF1, Claire Chazal vient remettre le prix à Chaynesse Khirouni.

En tant que députée PS, elle s’est engagée avec conviction pour l’amélioration de la loi consacrée au changement d’État civil des personnes trans. Même si elle considère sa contribution comme étant modeste, il est important pour une cause d’avoir le soutien des politiques. Malgré le combat perdu, le débat a pu être entendu sur ces questions et il s’agit maintenant de ne pas abandonner.

Chaynesse Khirouni récompensée pour son engagement dans le changement d’État civil des personnes trans

OUT d’or du coup de gueule : Leïla Slimani

Pour se faire entendre et faire changer les choses, il faut souvent pousser un gros coup de gueule afin de réveiller les consciences. C’est pour récompenser et remercier les personnes qui ont eu le courage de monter au créneau pour leur conviction que Daphné Burki est venue remettre l’OUT d’or du coup de gueule. « Ce n’est pas possible qu’en 2017, on soit obligé de lever la voix et de taper du poing pour combattre toute cette haine », s’insurge la présentatrice de La Nouvelle Édition. Elle en profite également pour épingler le groupe Canal + face aux séquences homophobes que l’on peut parfois observer sur la chaîne.

La journaliste et écrivaine Leïla Slimani a fermement pris position contre la pénalisation de l’homosexualité au Maroc dans C à vous le 3 novembre 2016. « Je suis évidemment pour la dépénalisation de l’homosexualité au Maroc », avait-elle expliqué. Abdellah Taia, écrivain engagée marocain, était là pour transmettre les mots de Leïla Slimani sur la situation des homosexuels au Maroc.

Abdellah Taia, proche de Leila Slimania, a lu le discours plein d’espoirs écrit par l’écrivaine pour les OUT d’or

OUT d’or de la création artistique : ex-aequo Robin Campillo et Amandine Gay

Pour conclure la remise des prix, ce sont les œuvres artistiques et culturelles qui sont mises à l’honneur. Les messages d’engagement passent également par la culture et l’art, il est donc évident de récompenser les personnes qui travaillent constamment sur ces questions, pour faire changer les mentalités. Christophe Beaugrand, venu remettre le prix, cite tous les messages d’insultes qu’il reçoit encore aujourd’hui. Mais malgré toute cette haine, l’humour et les messages de soutien ne flanchent pas. « Parler de l’homosexualité, c’est bien, mais il faut en parler intelligemment », rappelle-t-il.

Pour ce prix, deux gagnants ex-aequo, deux œuvres audiovisuelles : un film et un documentaire. Grand Prix du jury à Cannes, Robin Campillo pour son film 120 battements par minute ainsi qu’Amandine Gay pour son documentaire Ouvrir la voie, sur les femmes afros et homosexuelles, ont tous deux été récompensés. Deux œuvres qui racontent la vie d’activistes et leur combat. « Même si nous perdons des batailles, le combat n’est jamais fini », certifie Amandine Gay à travers Rebecca Chaillon, qui nous a d’ailleurs réservé une surprise détonante.

Un évènement important pour continuer la lutte contre les discriminations

Comme on peut le constater encore aujourd’hui, l’homophobie persiste. Il est malgré tout nécessaire de célébrer la visibilité de ceux qui luttent contre les discriminations afin de faire changer les mentalités. Cet évènement en était l’occasion, et il est d’autant plus important qu’elle soit mise en avant pour permettre aux générations futures d’avoir des modèles auxquels ils puissent s’identifier et que ceux-ci ne se sentent plus jamais seuls.

La soirée a été également riche en hommage, notamment celui d’Etienne Cardiles, compagnon de Xavier Jugelé, tué dans un attentat le 20 avril. Mention spéciale également à Rebecca Chaillon qui s’est dévêtue sur scène pour affirmer sa fierté. C’était aussi l’occasion de pointer du doigt l’homophobie que les LGBT subissent chaque jour dans notre société. Et parce que parfois les images sont plus parlantes que les mots, vous pouvez revoir le live de la cérémonie sur la page Facebook de Franceinfo.