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Grâce à cette technologie révolutionnaire basée sur l’ADN, de vieilles affaires criminelles pourront être résolues

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Une nouvelle technologie d’analyse de l’ADN pourrait permettre d’élucider des crimes à l’époque où cette science n’était pas assez connue pour pouvoir confondre les meurtriers. DGS vous explique comment fonctionne ce processus et dans quelles mesures la police va s’en servir.

Quelques minutes avant 21h, le 20 décembre 1983, Erin Gilmour, 22 ans, terminait ses tâches pour la soirée à la boutique où elle travaillait dans le quartier commerçant de Yorkville à Toronto, puis fermait la boutique. Bien que les détails sur ce qu’il s’est passé ensuite soient trop troubles, une chose est sûre : quelqu’un est entré dans cette boutique, l’a agressée, violée et poignardée à plusieurs reprises. Autour de 21h20, le petit ami de Gilmour l’a trouvée dans l’appartement au-dessus de la boutique où elle vivait. Elle était ligotée et saignait abondamment sur son lit. Au moment où il a appelé la police, il était déjà trop tard.

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Trente et un ans plus tard, l’assassin de Gilmour demeure inconnu. Bien qu’un test d’ADN en 2000 ait permis de faire le rapprochement avec une autre femme violée et tuée quelques mois plus tôt en 1983, nous n’avons aucune idée de qui est responsable de ces crimes. Le tueur reste soit en liberté, soit en prison pour d’autres faits et n’a donc pas été poursuivi pour ces deux crimes horribles (et peut-être d’autres). Des faits non résolus comme ceux-ci reçoivent beaucoup d’attention ces jours-ci et des personnes essaient actuellement de les résoudre. Étrangement, ces gens ne font pas partie de la police. Le livre de Deborah Halber, The Skeleton Crew, vient de sortir ce mois-ci et se penche sur la vie d’enquêteurs amateurs qui poursuivent ce type d’enquêtes pour le simple plaisir de résoudre des énigmes sur des personnes disparues. Et la série Cold Justice sur la chaine TNT relate les activités de deux anciens travailleurs de la justice : un ex-procureur et une ex-enquêtrice de scène de crime qui poursuivent leurs enquêtes pour les victimes oubliées.

Mais à Toronto où Erin Gilmour a été tuée il y a 31 ans, ce ne sont pas des ex-hommes de loi qui travaillent mais la police elle-même. Le Service de Police de Toronto (SPT) a mobilisé une petite équipe de détectives et analystes pour identifier de nouvelles pistes sur des crimes oubliés depuis longtemps. Plus tôt cette année, SPT a mobilisé une attention particulière à l’utilisation de Twitter comme moyen d’identifier des criminels potentiels dans ces anciennes affaires. Plus récemment, le chef d’équipe, le sergent détective Brian Borg a annoncé que son équipe expérimentait une nouvelle technologie capable de prélever des échantillons d’ADN provenant de vieilles pièces à conviction trouvées sur les lieux des crimes et d’en faire des portraits robots des tueurs potentiels.

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SPT est un rare exemple de service de police important qui se consacre à ce genre d’outil pour les anciennes affaires. L’une des raisons pour lesquelles ces détectives en herbe se sentent obligés de choisir ces cas irrésolus est que dans la plupart des grandes villes aux Etats-Unis, les agents de police sont assez occupés à enquêter sur les nouvelles affaires et n’ont généralement pas le temps de revenir à des cas aussi anciens qui se sont depuis empilés.

Le détective Borg est pragmatique sur ce fait : « Toronto est considérée comme une ville très sûre », a-t-il dit à The Verge. « Les anciennes affaires non résolues sont le problème d’outil plus qu’autre chose. Toronto est une ville avec une population légèrement supérieure à celle de Chicago et le taux de criminalité y est bien plus faible, comme Lincoln, Nebraska, ce qui signifie que SPT a les moyens de mettre des détectives sur ces affaires. » Mais cela ne veut pas dire que la tâche est facile pour Borg et son équipe. Policier pendant 34 ans, Borg a pris ses fonctions dans l’équipe en janvier seulement. « Depuis 1921, il y a environ 550 meurtres non résolus à Toronto. »

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« La plupart des cas sont résolus, environ 80 %. » Mais le reste revient à lui et son équipe. Il dit qu’il n’y a pas de norme mondiale pour définir une affaire criminelle comme non classée mais qu’à Toronto cela correspond à une ancienneté de plus de deux ans par rapport à l’année en cours. Donc cela correspond aux affaires de 2011 et d’avant. Borg a donc 550 enquêtes à revoir et cela fait beaucoup de responsabilités. « Ce n’est pas facile. Pas un jour ne passe sans que nous faisions face au désespoir de personnes dont les proches ont été assassinés. » Les membres de l’équipe d’enquête ne peuvent pas choisir les affaires qu’ils souhaitent résoudre mais prennent un cas aléatoire à partir de 1921 et commencent leur réenquête.

Dans les années 1990 et au début des années 2000, Borg explique que des recherches d’ADN sur des preuves d’affaires non résolues de Toronto ont été faites par un laboratoire travaillant avec SPT dans les affaires criminelles. Les résultas ont ensuite été croisés avec la banque de données génétiques de la Gendarmerie Royale du Canada, dépôt fédéral du Canada pour les informations sur l’ADN recueilli sur les scènes de crime. Certains de ces éléments ont fini par déboucher sur de nouvelles condamnations. Mais dans la plupart des cas, l’ADN recueilli sur les scènes de crime ne correspond à aucune banque de données. Donc, certaines affaires retournent à la case départ.

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Borg espère que cela va changer. SPT a récemment collaboré avec deux partenaires américains (AKESOgen, une société de génomique et Identitas, une société de profilage d’ADN). Aucune de ces entreprises n’avait travaillé avec la police avant, mais elles disent qu’elles vont être en mesure de faire quelque chose d’unique avec les preuves ADN de ces affaires non résolues : créer des portraits robots. Si tout va comme prévu, STP sera en mesure d’identifier les preuves anciennes : la couleur des cheveux, des yeux et l’origine ethnique des personnes dont l’ADN a été trouvé sur les lieux du crime quelques années auparavant.

« Aucun laboratoire judiciaire n’utilise la technologie que nous utilisons. Elle a déjà été utilisée dans le domaine high-tech et celui de la médecine mais jamais par la police. » STP attend de recevoir son premier test de cas de ses partenaires américains dans les prochains jours. Mais il vaut la peine d’être essayé.

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Cette nouvelle technologie est vraiment incroyable et dans l’équipe, on espère que cela permettra à la police de Toronto d’élucider de nombreux crimes. Nous espérons également que cette innovation sera utilisée dans d’autres pays. D’ailleurs, pensez-vous qu’il soit important que cette technique d’analyse d’ADN voie le jour en France ou faut-il plutôt se concentrer sur la résolution des crimes actuels ?

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