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Prédateurs, chauves-souris, virus mortel et touristes : la grotte Python est une bombe sanitaire

En l’espace d’un an, des centaines d'interactions interespèces y ont été recensées

— © YouTube / Gavi, the Vaccine Alliance

Dans le sud-ouest de l’Ouganda, une grotte préoccupe les virologues. Abritant une colonie de chauves-souris porteuses d’un redoutable virus, l’endroit est également fréquenté par des prédateurs se nourrissant de ces chiroptères, des charognards et des humains.

Un « cocktail » détonnant

L’examen des images capturées par des pièges photographiques installés à l’entrée de cette cavité du parc national Queen Elizabeth a révélé un nombre impressionnant d’interactions impliquant la faune sauvage. En l’espace d’un an, plus de 300 d’entre elles ont été recensées. Les 14 espèces identifiées comprenaient varan du Nil, léopard, genette (petit carnivore proche des mangoustes), babouin, vautour à tête rouge, aigle pêcheur, épervier noir, et grand-duc de Verreaux.

Il s’avère que plusieurs d’entre eux évoluaient à proximité immédiate des chauves-souris frugivores de la grotte, constituant le réservoir animal du virus de Marburg, proche cousin d’Ébola à l’origine de fièvres hémorragiques mortelles. Des léopards ont également été surpris quittant l’endroit avec un chiroptère dans la gueule à au moins 43 reprises.

Si ce pathogène peut circuler indéfiniment et de manière asymptomatique chez les chauves-souris, la grotte Python est également fréquentée par de nombreux touristes. Selon les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Current Biology, bien que les visiteurs soient tenus de rester à une trentaine de mètres de son entrée, les caméras ont révélé une vingtaine d’incursions impliquant 214 personnes, dont des écoliers et des scientifiques.

Parmi les cas de transmission du virus à l’Homme les plus médiatisés, celui d’une Néerlandaise de 40 ans. À son retour d’Ouganda en 2008, celle-ci souffrait d’une grave insuffisance hépatique et d’hémorragies. Elle serait décédée moins d’une semaine après son hospitalisation.

Surveillance étroite

Pour les virologues, les environnements tels que la grotte Python constituent des « zones à risque » majeures. Chaque contact entre espèces augmentant les possibilités de transmission et d’adaptation des agents pathogènes.

Avec l’expansion des activités humaines et la fragmentation des habitats naturels, ces interfaces entre faune sauvage et populations humaines devraient devenir de plus en plus nombreuses, faisant craindre l’émergence de nouvelles pandémies au cours des prochaines décennies.

« À mesure que les dispositifs de surveillance se démocratisent, les données génomiques doivent être complétées par des observations visuelles et comportementales. Sans ces informations, nous risquons de ne pas identifier certaines conditions écologiques propices à l’émergence des pathogènes », soulignent les chercheurs.

Précédemment, des chercheurs avaient annoncé la découverte de 20 nouveaux virus, dont deux mortels, chez des chauves-souris chinoises.

Par Yann Contegat, le

Source: IFL Science

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