
Le réexamen de spécimens de musées ou d’individus vivants réserve parfois des surprises. Dans le cas de la vipère à fossettes de l’Himalaya, celui-ci a révélé qu’il n’existait non pas deux, mais cinq espèces de ce serpent venimeux.
G. hazarensis, hindukushensis et nepalensis
La frontière entre deux espèces est parfois ténue. Lorsque leurs disparités physiques sont quasi-inexistantes, la génétique, des aires géographiques ou des modes de vie distincts peuvent permettre de les distinguer. Récemment, une équipe internationale de chercheurs s’est penchée sur sept vipères himalayennes collectées entre 2015 et 2023, ainsi que 11 spécimens de musée.
Connue de la science depuis la fin du XIXe siècle, la vipère à fossettes de l’Himalaya (Gloydius himalayanus sensu lato) se trouve uniquement dans l’Himalaya indien. Se cachant sous les tapis de feuilles, les troncs d’arbres ou les rochers, elle se regroupe parfois près des habitations. Décrite en 2022 et longtemps confondue avec la première, G. chambensis est quant à elle endémique des landes et des forêts de pins de l’Himalaya occidental et de la vallée du Cachemire.
La première des trois nouvelles espèces est la vipère à fossettes de Hazara (G. hazarensis), jusqu’à présent uniquement observée dans le nord du Pakistan. Affectionnant les habitats plus frais, elle se nourrirait ponctuellement de petits oiseaux. Trouvée sur les versants orientaux de l’Hindukouch, près de la frontière afghane et le long de l’Indus, G. hindukushensis évolue à des altitudes encore plus élevées, caractérisées par d’importantes chutes de neige en hiver.
Comme son nom le suggère, la vipère du Népal (G. nepalensis) est présente dans les prairies et zones arbustives de haute altitude de l’ouest et du centre du pays. Pouvant hiberner jusqu’à sept mois en fonction des conditions locales, elle se nourrit notamment de grenouilles, de lézards et de rongeurs.

Barrières naturelles
Selon les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue ZooKeys, les reliefs et grandes vallées fluviales environnantes ont contribué à la séparation de ces différentes populations, qui ont développé des adaptations génétiques uniques et occupé des niches écologiques distinctes.
« Le fait que l’on ait longtemps considéré qu’il n’existait qu’une seule espèce de vipère de l’Himalaya reflète la nature reculée et sauvage de ces environnements, ainsi que des contextes politiques délicats, qui ont compliqué la poursuite des travaux de terrain », concluent-ils.
En 2024, des analyses similaires avaient montré qu’il n’existait pas une, mais quatre espèces de cobra royal.