— Pavel Kantsurov / Shutterstock.com

La découverte accidentelle de formes de vie marine sous une épaisse plateforme de glace de l’Antarctique remet en question notre compréhension de la façon dont les organismes peuvent prospérer dans des environnements aussi hostiles.

Une trouvaille inédite

Dans le cadre de travaux présentés dans la revue Frontiers in Marine Science, des chercheurs du British Antarctic Survey ont réalisé un forage à travers la plateforme de glace Filchner-Ronne, d’une épaisseur de 900 mètres, et ont ensuite fait descendre une caméra dans le conduit formé, à la recherche de boue au niveau du fond marin. À leur grande surprise, les images capturées par l’appareil ont révélé la présence d’un bloc rocheux, sur lequel étaient fixés différents animaux, incluant 16 éponges ainsi que 22 individus non identifiés, qui pourraient comprendre des bernacles.

Selon les biologistes, c’est la toute première fois que de telles formes de vie, quasi inertes, sont découvertes sous une calotte glaciaire de l’Antarctique.

« Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles de telles créatures ne devraient pas être là », explique Huw Griffiths, qui a analysé les images. « Nous pensons qu’il s’agit d’animaux filtreurs, survivant grâce aux nutriments transportés dans une eau à -2 °C. Mais ceux-ci se trouvent très éloignés des sources évidentes de nutriments, étant donné que le bloc rocheux est situé à 260 kilomètres de l’eau libre, à l’avant de la plate-forme glaciaire Filchner-Ronne, où les organismes photosynthétiques peuvent survivre. »

« De plus, la nourriture des éponges vient probablement d’encore plus loin », poursuit le scientifique. « Compte tenu de ce que nous savons des courants océaniques dans la région, la source de lumière solaire la plus proche se situe vraisemblablement à 600 kilomètres. »

« Ce n’est pas un cimetière sur lequel quelques éléments s’accrochent »

Actuellement, les chercheurs ignorent si les créatures découvertes appartiennent à de nouvelles espèces, ni combien de temps elles peuvent vivre (certaines éponges de verre de l’Antarctique ont plus de 10 000 ans), ou à quelle fréquence elles se nourrissent (une fois par an, par décennie ou par siècle). Toutefois, d’autres images ont confirmé que de telles formes de vie n’étaient propres à un seul et unique bloc rocheux, puisque que la caméra a également révélé la présence d’une éponge sur un rocher à proximité.

Cette découverte se révèle importante car elle suggère que la vie dans les environnements les plus rudes de l’Antarctique est bien plus flexible et plus diversifiée que les scientifiques ne l’estimaient jusqu’à présent.

Images détaillant les dimensions du bloc rocheux et montrant différentes formes de vie s’y étant fixées — © Huw J. Griffiths et al. 2021 / Frontiers in Marine Science Creative Commons

« Ce n’est pas un cimetière sur lequel quelques éléments s’accrochent, c’est plus compliqué que nous ne le pensions », explique Griffiths. « Alors que les calottes glaciaires s’effondrent dans un monde qui se réchauffe, des espèces telles que celles trouvées sur le rocher peuvent s’avérer incapables de répondre aux changements rapides. »

D’importantes implications pour les scientifiques

En savoir plus sur la façon dont les organismes se sont adaptés à leur habitat glacé loin de sources avérées de nourriture pourrait également nous éclairer sur la façon dont la vie a évolué, notamment durant une période « boule de neige » il y a des centaines de millions d’années, au cours de laquelle la planète était couverte de glace.

Pour les auteurs de l’étude, la prochaine étape va consister à étudier les animaux de plus près, ce qui représentera un véritable défi dans un endroit aussi éloigné et difficile d’accès. De minuscules véhicules télécommandés envoyés dans le trou de forage pourraient permettre de le surmonter.

Plus tôt ce mois-ci, des chercheurs avaient réalisé une autre découverte étonnante, en identifiant un minéral répandu sur Mars mais rare sur Terre dans les profondeurs de l’Antarctique.

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