C’est ce que verront ces veaux toute leur vie — L214 – Ethique et Animaux

L’association de défense des animaux L214 a publié ce jeudi 20 février 2020 une enquête sur les pratiques d’abattage de veaux réalisées par la société Sobeval, en Dordogne. Elle dénonce les conditions d’élevage et accuse notamment l’abattoir, preuves vidéos à l’appui, de procéder à des saignées sans étourdissement, ce qui est contraire à la loi. Mais la préfecture n’est visiblement pas de cet avis.

Une enquête choc sur un des principaux abattoirs de veaux de France

Ce jeudi 20 février, l’association L214 a publié une enquête vidéo dénonçant les méthodes employées par l’abattoir Sobeval, situé dans la commune de Boulazac en Dordogne. Il s’agit du principal abattoir de veaux de VanDrie en France, ce dernier étant le leader mondial de la viande de veau. Il représente à lui seul 28 % du marché européen.

L’abattoir Sobeval tue 3 400 veaux par semaine, soit près de 700 veaux par jour, à une cadence d’environ 90 veaux par heure comme l’explique l’association dans son rapport. Les veaux y sont abattus selon le modèle standard avec étourdissement, ce qui représente 70 % de leur activité, mais également sans étourdissement, selon les rituels casher et halal. On trouve cette viande un peu partout dans les supermarchés puisque l’abattoir Sobeval adhère à la démarche VVF (« Viande de veau française ») et produit de la viande étiquetée sous les labels Agriculture biologique, Label rouge, Veau Grande Table, Le Veau du Boucher, Veau de votre région, Veau du Sud-Ouest et Saveurs du Périgord.

Les images ont été tournées en novembre et décembre 2019, et comprennent une vidéo de 6h réalisée dans l’abattoir Sobeval ainsi qu’une vidéo de 15 minutes réalisée dans un des élevages partenaires de VanDrie, situé en Dordogne, dans lequel des veaux sont élevés en bâtiment fermé, sans paille, dans des enclos sur caillebotis et ne contenant aucun enrichissement.

De nombreuses infractions dans la procédure de la saignée

L214 dénonce de nombreux manquements à la loi, qui débouchent sur toujours plus de cruauté animale. « À l’abattoir Sobeval, les violations de la loi sont multiples et concernent tout autant l’abattage rituel que l’abattage standard. […] Elles impliquent une souffrance accrue des animaux« , explique l’organisme. Est pointée du doigt la cadence d’abattage de l’abattoir Sobeval qui est facilitée, selon l’association, par l’utilisation d’un « pistolet d’étourdissement de type ‘pneumatique’ qui n’a pas besoin d’être rechargé entre chaque animal ». Mais « contrairement à l’obligation réglementaire, à l’abattoir Sobeval la tête des veaux n’est jamais immobilisée au moment de leur étourdissement. Ainsi, de nombreux tirs mal ajustés doivent être répétés, blessant les animaux sans les rendre inconscients. » On voit notamment sur une des vidéos un employé s’y reprendre à 3 fois avant de parvenir à étourdir correctement l’animal, qui tente de se débattre et de lutter tant bien que mal pour sa vie.

85 % des Français sont contre l’abattage sans “étourdissement”, selon un sondage IFOP de 2020.

L’utilisation d’un pistolet d’étourdissement n’est cependant valable que pour le modèle standard d’abattage. Pour l’abattage rituel, utilisé pour la viande casher ou halal et où la plupart des veaux sont tués sans étourdissement, l’association explique que « la loi exige que les animaux soient immobilisés jusqu’à ce qu’ils ne présentent plus aucun signe de conscience ou de sensibilité« . Or, il semblerait que l’abattoir Sobeval ne mette pas en place de “contrôle systématique de la perte de conscience” des veaux et que « l’étourdissement d’urgence imposé par la règlementation n’est quasiment jamais pratiqué ». On voit ainsi des veaux être saignés en position debout sans être immobilisés, « ce qui accentue grandement leurs souffrances ». Les veaux s’écroulent alors dans leur box, où ils agonisent pendant plusieurs longues minutes.

Le manque de vérification des signes de conscience ou de sensibilité mène à des situations absolument horrifiantes. Ainsi, « de nombreux veaux présentent des signes de conscience et/ou de sensibilité avant et après avoir été suspendus à la chaîne d’abattage ». Pire encore, certains veaux reprennent carrément conscience alors qu’ils sont suspendus par les pattes arrière et essayent alors de se libérer en se débattant. En vain, ils ne peuvent qu’agoniser. L’association indique que « de nombreux animaux vomissent le contenu de leur estomac par leur œsophage sectionné ».

L’association entend porter plainte pour cruauté envers des animaux et demander au procureur de la République de Périgueux la fermeture d’urgence de l’abattoir, « qui présente de graves problèmes structurels et des pratiques d’abattage grandement déficientes« .

Des conditions de vie abominables dans les élevages intensifs

L’enquête de L214 dénonce également les conditions de vie abominables des animaux dans les élevages intensifs en Dordogne, « encouragés par le groupe VanDrie ». « Les veaux sont entassés par centaines dans des bâtiments fermés, chacun ayant pour seul espace une cage individuelle de 80 cm de large par 150 cm de long les huit premières semaines de leur vie », précise l’association. Cette dernière affirme que ces veaux « sont engraissés en groupe, dans des enclos au sol dur, sans paille, sans jamais avoir accès à l’extérieur ». « Pour supporter ces conditions d’élevage, ils reçoivent nombre de produits médicamenteux, dont des antibiotiques, et certains sont périmés. »

Un veau dans un des élevages partenaires de VanDrie en Dordogne © L214 – Éthique et Animaux

Pour la préfecture, tout va bien

La préfecture de Dordogne a déclaré dans un communiqué : “Au premier visionnage des vidéos de l’association, il n’y a pas de mise en évidence de non-conformité à la réglementation.” Elle explique que l’abattoir en question “est agréé pour la pratique de l’abattage” traditionnel ou rituel, et a des opérateurs “habilités et formés au respect du bien-être animal” et “fait l’objet de contrôles permanents par une équipe de huit agents de l’Etat dont deux vétérinaires”. Selon elle, les images spectaculaires “notamment celles des animaux suspendus ne reflètent en aucun cas une souffrance ou un état de conscience de l’animal (…). Ces mouvements ne sont que des réflexes musculaires ou des spasmes post-mortem.” Des visionnages plus poussés vont être effectués, mais aucune condamnation ne semble prévue pour l’instant. En ce moment même, la préfecture fait face à de nombreuses critiques suite à son inaction face à la maltraitance de chiens de chasse, qui a été dénoncée par l’association One Voice.

Sobeval porte plainte pour diffamation

Sobeval a répondu à ces accusations via un communiqué dans lequel il estime que « les allégations » de L214 « portent atteinte à l’honneur de Sobeval et de ses opérateurs« . La société a donc annoncé qu’elle portait plainte pour diffamation publique contre l’association. Elle affirme que “veiller à la bonne application des lois, des réglementations et aux bonnes pratiques de nos employés en matière d’abattage d’animaux est notre priorité absolue”, tout en expliquant que ses méthodes de travail “sont en permanence contrôlées et évaluées par les autorités”. La société s’est toutefois engagée à “coopérer pleinement” avec le visionnage approfondi de la vidéo envisagé par la direction départementale de la Cohésion sociale (DDCSPP).

Face à l’inaction de la préfecture, L214 a lancé une pétition visant à fermer d’urgence l’abattoir.

Mise à jour le 27/02/2020 : Le groupe Casino nous a contacté pour préciser qu’ils ne commercialisent plus la marque distributeur Veau Terre et Saveurs, produite par cet abattoir, depuis fin 2017.

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beatrice bello
Invité
beatrice bello

bonjour
tout cela est insoutenable! comment des etres humains peuvent cautionner et travailler dans ces conditions meme pour un salaire. Je ne peux plus regarder et j’ai honte de cette société de consommation à tous les niveaux. Alors que faire??????????

BARBERIS
Invité
BARBERIS

J’ai du mal quand j’arrive rayon viande je pense tout le temps à la façon que l’on saigne les animaux.