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Allié puissant de notre santé, le système immunitaire fait parfois preuve d’un peu trop de zèle en s’attaquant à des éléments bénéfiques. Des chercheurs américains ont développé une nouvelle approche afin de l’entraîner à ignorer des médicaments ou molécules spécifiques.

Adapter la tolérance de l’organisme

S’il nous protège efficacement des infections dangereuses, notre système immunitaire peut parfois s’attaquer à des molécules, protéines ou enzymes inoffensives présentes dans les médicaments, les aliments que nous consommons ou l’environnement, ce qui entraîne des allergies ou réduit l’efficacité des traitements. D’autres fois, il peut commencer à attaquer des cellules de notre corps, déclenchant ainsi un large éventail de maladies auto-immunes. Partant de ce constat, les chercheurs de l’université de Buffalo ont développé un vaccin « inversé », visant à améliorer la tolérance de notre organisme à certains composés bénéfiques.

L’équipe s’est concentrée sur deux maladies dont les traitements sont souvent entravés par le système immunitaire. L’hémophilie A est une affection dans laquelle les caillots sanguins ne se forment pas correctement. Son traitement implique des agents de coagulation, appelés facteurs VIII, que le système immunitaire peut inactiver. La maladie de Pompe, quant à elle, est une maladie génétique rare qui affaiblit les muscles en raison d’une quantité insuffisante d’une enzyme appelée GAA. Si une thérapie de remplacement des enzymes peut aider, il s’avère que le système immunitaire s’attaque quasi systématiquement à ces dernières.

« La sécurité et l’efficacité de plusieurs médicaments thérapeutiques vitaux sont compromises par le système immunitaire », explique Sathy Balu-Iyer, auteur principal de l’étude, publiée dans la revue Scientific Reports. « Une fois ces anticorps développés, les options cliniques disponibles pour les patients deviennent coûteuses et, dans plusieurs cas, inefficaces. »

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Des travaux antérieurs ayant montré qu’un acide gras appelé Lyso-PS pouvait améliorer la tolérance du système immunitaire lorsqu’il était administré en même temps que des protéines thérapeutiques, les chercheurs ont mis au point une nanoparticule de Lyso-PS pouvant être facilement absorbée par les cellules.

Des résultats précliniques prometteurs

L’équipe a testé cette combinaison sur des modèles murins d’hémophilie et de maladie de Pompe, en administrant aux animaux les nanoparticules en même temps que les protéines thérapeutiques habituelles. Cette approche a empêché 75 % des souris hémophiles de développer des anticorps inactivant les agents de coagulation, tandis que la majorité des souris atteintes de la maladie de Pompe ont exprimé des niveaux significativement plus faibles d’anticorps anti-GAA.

Les deux traitements ont bien fonctionné lorsqu’ils ont été administrés par voie intraveineuse ou orale, et les chercheurs estiment que la méthode employée pourrait également être étendue aux allergies, aux maladies auto-immunes et à d’autres thérapies médicamenteuses.

« Il est plus simple d’empêcher le développement des anticorps anti-médicaments que de les combattre », explique Nhan Hanh Nguyen, premier auteur de l’étude. « Notre approche est basée sur le raisonnement selon lequel la pré-exposition d’une protéine en présence de Lyso-PS apprend au système immunitaire à ne pas déclencher de réponse. »

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