Le Japon, un Etat moderne ? À en croire les résultats truqués des candidates féminines aux concours d’école de médecine, pas tellement, et les masques tombent. Selon The Guardian, les jeunes filles en école de médecine (qui auraient vu leurs résultats sabotés lors des décennies précédentes) ont, depuis l’abolition de cette pratique scandaleuse, obtenu de bien meilleurs résultats que leurs camarades masculins.

UNE PRATIQUE SEXISTE REVENDIQUÉE 

Pendant de nombreuses années, les étudiantes japonaises en école de médecine ont vu leurs résultats truqués à l’issue des concours, de façon à favoriser la réussite de leurs camarades masculins. Plusieurs universités dans le pays auraient pratiqué et pratiqueraient encore cette discrimination révoltante. Toutefois, cette mesure ayant depuis fait scandale à l’échelle internationale, certaines universités (comme celles de Juntendo ou de Kitasato au Japon) décidèrent de l’abolir. Le résultat est sans appel : sans manipulations, les résultats des jeunes femmes sont largement meilleurs que ceux des jeunes hommes. L’université Juntendo annonce donc sans grande surprise que l’abolition de ce traitement injuste est à l’origine de la hausse des résultats, et c’est la première fois en 7 ans que les femmes réussissent mieux que les hommes. 

C’est au moyen d’une explication complètement douteuse que le doyen de l’université Juntendo se justifie ; selon lui, les jeunes femmes deviendraient matures plus rapidement et leur habilité à communiquer serait meilleure au moment de l’examen, d’où ce choix de les pénaliser afin d’avantager les garçons. En outre, l’université ne bénéficierait pas d’assez de dortoirs féminins disponibles pour accueillir les étudiantes ayant réussi. Cependant, ce choix de saboter leurs résultats semble également s’inscrire dans une perspective de domination et de perpétuation des rôles genrés, puisqu’un des arguments phares des défenseurs de cette pratique est que les femmes finiront de toute façon par avoir une famille et délaisseront alors leur travail au détriment des hôpitaux toujours plus saturés. 

Ces révélations ont complètement miné Shinzo Abe (Premier ministre du Japon) dont l’objectif était de lutter contre le sexisme institutionnalisé au sein des lieux de travail et d’éducation au Japon, ainsi que ses efforts pour faire de la société nippone une société dans laquelle la femme pourrait briller et s’affirmer.

LES CHIFFRES PARLENT

Les chiffres témoignent bien de ces inégalités de traitement entre garçons et filles. Par exemple, à l’université Juntendo et au cours des deux dernières années, 74 % des candidats recalés (au nombre de 165) étaient des filles. Les résultats de cette année, première année après que cette discrimination a été abolie, sont sans équivoque : sur les 1679 femmes qui ont passé le concours, on observe 8,28 % de réussite, alors que chez les 2202 hommes, on note seulement 7,72 % de réussite. De même, à l’université de médecine de Tokyo Kitasato, le taux de réussite est de 20,4 % pour les filles et de 20 % pour les hommes. Ces résultats contrastent avec ceux des années précédentes, où seulement 2,9 % des femmes réussissaient contre 9 % des hommes.

Il convient également de préciser qu’au Japon, les femmes représentent seulement 21,1 % des docteurs ; c’est le chiffre le plus bas parmi les nations intégrées à l’OCDE. Bien que des mesures soient mises en place par le gouvernement de Shinzo Abe afin de mieux intégrer les femmes, le Japon reste toujours en deçà des attentes du XXIe siècle concernant la femme au sein de l’espace de travail, comparé au reste du monde. Les employées subissent par exemple encore des discriminations lorsqu’elles reviennent au travail après une grossesse. En 2017, le Forum économique mondial a classé le Japon 114e sur 144 pays en matière d’égalité des genres. 

UN SYSTÈME PATRIARCAL QUI FAÇONNE LA SOCIÉTÉ NIPPONE

En effet, la société nippone et ses rapports sociaux sont encore à ce jour façonnés par un système patriarcal hérité de l’ère des shoguns Tokugawa (17e-19e siècle après J.-C.). La culture du “danson-johi”, qui signifie “respect de l’homme, mépris de la femme”, est toujours présente au sein des esprits et fait reposer le poids des traditions sur le dos de la femme, qui doit respecter la place qui lui a été assignée (à la maison). 

Une de ces traditions est par exemple la pression imposée aux femmes de se marier et d’avoir une famille au plus vite, ce qui peut expliquer les discriminations subies au travail. En effet, selon un rapport publié en 2017 et commandé par le gouvernement japonais, 1 femme sur 5 serait harcelée au travail lors de sa grossesse. Ce harcèlement peut prendre la forme de remarques désobligeantes (47,5 % des réponses), mais également d’un licenciement (20,5 % des réponses). Ces pressions peuvent parfois aller très loin puisque certains employeurs vont jusqu’à demander à leurs salariées d’avorter. Ce phénomène est appelé “matahara”. Il est donc difficile pour les femmes japonaises de mener de front une carrière professionnelle accomplie et une vie de famille épanouie.

Au pays du Soleil-Levant, les inégalités femmes-hommes ne s’expriment pas que dans le domaine du travail. Par exemple, lorsqu’une femme est victime de viol ou d’agression sexuelle, la police elle-même la dissuade de porter plainte en lui disant qu’elle sera la seule à subir des conséquences négatives (comme l’explique Shiori Ito, emblème du #MeToo au Japon). Nous pensons également au monde du sumo, qui repose sur des traditions patriarcales dans la mesure où la femme n’a pas le droit de poser un pied sur le dohyō (la plateforme sur laquelle les sumotoris s’affrontent), perçu comme un lieu sacré. La présence de la femme sur un tel lieu ne ferait donc que le souiller, le rendre impur.

Ces traditions, de même que ces inégalités, rendent bien compte de la difficulté de la femme japonaise à s’épanouir professionnellement (voire personnellement) dans cette société patriarcale. Cette manipulation des résultats par les universités est particulièrement révélatrice du système, bien que celui-ci semble évoluer avec les années et les efforts de Shinzo Abe pour mieux intégrer les femmes dans la société japonaise. Nous pouvons donc espérer que les femmes japonaises arriveront à trouver leur place au sein de cette société…

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