Contrairement aux idées reçues sur la haute montagne, les sommets pyrénéens abritent une longue histoire humaine. Une vaste étude basée sur vingt ans de fouilles archéologiques en Espagne prouve une occupation continue de ces territoires d’altitude depuis plus de dix millénaires.

Des scientifiques partagent vingt ans de recherches archéologiques menées au cœur des Pyrénées
Des chercheurs de l’Université autonome de Barcelone ont mis en ligne une base de données publique majeure. Cette publication, parue dans la revue scientifique Archeologica Data, rassemble le bilan de deux décennies de fouilles intensives menées dans le nord de l’Espagne.
L’équipe du Groupe d’archéologie de haute montagne a analysé de nombreux vestiges récoltés sur le terrain. Grâce à 124 datations au carbone 14, les spécialistes confirment scientifiquement que les communautés humaines fréquentaient régulièrement ces reliefs escarpés.
Le site d’Obagues de Ratera traverse les époques historiques avec une régularité remarquable
Situé à 2 320 mètres d’altitude, l’abri sous roche d’Obagues de Ratera abrite les indices les plus anciens de cette présence. Les premières traces remontent ainsi au début de l’Holocène, il y a un peu plus de dix mille ans.
Cet emplacement spécifique a traversé les âges sans interruption majeure. Les analyses démontrent une fréquentation humaine continue qui s’étend du Mésolithique jusqu’à la fin du Néolithique, une période estimée entre 5 300 et 4 500 ans avant notre ère.
Les groupes s’y sont succédé durant l’âge de Bronze, le début de l’âge du Fer, puis le Moyen Âge. Selon l’archéologue Guillem Salvador, cette séquence temporelle s’avère exceptionnelle pour la région, car elle atteint même les dix-neuvième et vingtième siècles.
D’autres gisements préhistoriques confirment une occupation durable de la haute montagne
D’autres secteurs du Parc national d’Aigüestortes et lac Saint-Maurice corroborent cette longue continuité historique. Par exemple, les fouilles de la Cova del Sardo et de l’abri de Portarró révèlent des installations humaines datant respectivement de 7 500 et 7 300 ans.
Le directeur des recherches, Ermengol Gassiot, présente ainsi le premier recensement systématique publié pour cette zone alpine. Ces données rigoureuses démontrent de manière irréfutable que des groupes d’individus ont séjourné au-dessus de 2 000 mètres durant plusieurs millénaires.
Les nouvelles données scientifiques bousculent le mythe d’un espace montagnard totalement vierge
Ces conclusions transforment radicalement notre perception de la nature sauvage. En effet, de nombreuses théories considéraient jusqu’alors la haute montagne comme un milieu historiquement inaccessible. Or, l’archéologie prouve désormais que ces espaces inhospitaliers possèdent une riche trajectoire anthropique.
Les résultats globaux s’appuient sur l’inventaire minutieux de 380 sites archéologiques. Ces différents lieux, disséminés dans le parc national, témoignent directement des stratégies d’adaptation développées par les populations anciennes pour exploiter les ressources des sommets à travers le temps.
En partageant librement ces informations, l’Université autonome de Barcelone permet désormais à chacun de comprendre la réalité de ce patrimoine. Les promeneurs qui parcourent ces paysages d’altitude marchent ainsi dans les pas de dix mille ans d’histoire humaine.