Cachée dans les calanques de Marseille, la grotte Cosquer abrite des centaines de peintures préhistoriques. Ce trésor archéologique unique, accessible uniquement par un tunnel sous-marin, subit la hausse rapide du niveau de la Méditerranée. Les scientifiques s’activent pour sauvegarder virtuellement ce chef-d’œuvre condamné.

Un explorateur face aux secrets artistiques cachés au fond des calanques de Marseille
En 1985, le plongeur Henri Cosquer explore les fonds marins près de Cassis. Au terme d’un long boyau immergé de 175 mètres, sa lampe éclaire des parois ornées. Cet explorateur met au jour un trésor archéologique majeur, qu’il garde secret pendant plusieurs années.
La cavité abrite plus de 517 œuvres pariétales, laissées durant deux périodes distinctes, le Gravettien il y a 27 000 ans et le Solutréen il y a 19 000 ans. Des représentations de pingouins, de bisons et des empreintes de mains humaines recouvrent la roche.
Pourquoi ce sanctuaire d’art paléolithique se trouve-t-il aujourd’hui immergé sous l’océan ?
La position actuelle de l’entrée s’explique par les cycles climatiques. Durant la dernière période de glaciation, les hommes préhistoriques accédaient au site à pied sec. La mer se situait alors 130 mètres plus bas qu’aujourd’hui, et le rivage s’étendait à cinq kilomètres de la falaise.
La fonte des calottes glaciaires a ensuite provoqué l’élévation du niveau marin. Ce phénomène a progressivement noyé la cavité. Les œuvres visibles aujourd’hui ne représentent qu’un fragment rescapé d’un ensemble beaucoup plus vaste, dont la majeure partie a été effacée par l’eau salée.
Le site n’était pas un lieu d’habitation permanent. Selon Jacques Collina-Gérard, président du comité scientifique, l’endroit accueillait des cérémonies rituelles encore mystérieuses. Les chercheurs possèdent les vestiges matériels, mais les croyances et l’idéologie des artistes de la Préhistoire restent impossibles à déchiffrer précisément.
Une double menace environnementale accélère la dégradation de ces peintures inestimables
L’océan grignote inexorablement les galeries, puisque 80 % de la cavité se trouve déjà sous l’eau. Entre 2011 et 2016, les scientifiques ont mesuré une élévation de 12,15 centimètres au niveau du Panneau des chevaux. Cette accélération menace directement les derniers dessins.
Le réchauffement climatique et les risques sismiques compliquent la conservation du site. De plus, la proximité de la calanque de Cortiou, qui reçoit les eaux usées de Marseille, engendre un danger bactériologique majeur. La pollution côtoie ainsi le plus grand sanctuaire préhistorique sous-marin.
La technologie numérique se mobilise pour immortaliser les parois avant leur disparition définitive
Pour contrer cette perte annoncée, une réplique exacte a ouvert ses portes à la Villa Méditerranée. Grâce à des numérisations en trois dimensions de haute précision, les visiteurs admirent les reproductions de 480 gravures et peintures, sauvegardées fidèlement pour les générations futures.
Cette structure virtuelle constitue également un outil de recherche pour les archéologues. Elle permet d’étudier les détails des fustigations sans altérer le site original. Les scientifiques réalisent ainsi un archivage complet avant que les flots ne submergent totalement la grotte d’origine.
Le Laboratoire Méditerranéen de Préhistoire Europe Afrique collabore avec des étudiants ingénieurs de l’ENSG-Géomatique. Ces jeunes experts cartographient les parois rocheuses. Les techniques modernes s’allient à la mémoire paléolithique, offrant une ultime chance de préserver l’histoire humaine face à l’océan.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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