Téléphone éteint, ordinateur fermé, soirées sans séries : tout semblait réuni pour retrouver enfin de l’énergie. Pourtant, après sept jours de discipline, la fatigue n’avait pas bougé. Et si le problème ne se trouvait pas dans la chambre, mais dans quelques millilitres de sang ?

Les écrans du soir accusés, mais une semaine de test ne suffit pas à expliquer la fatigue persistante
Le scénario paraît familier. Une fatigue tenace s’installe, les réveils deviennent difficiles et le premier suspect se trouve souvent sur la table de nuit. Les écrans sont associés à des habitudes susceptibles de retarder l’endormissement, si bien que supprimer téléphone, tablette et télévision le soir ressemble à une expérience simple à tenter.
Pendant sept jours, changement de programme : plus aucun écran après 21 heures, horaires réguliers et soirées volontairement calmes. L’objectif paraît presque évident, obtenir un sommeil plus réparateur et observer le retour de l’énergie. Pourtant, au fil des matinées, aucune transformation spectaculaire. La lassitude reste présente, parfois exactement comme avant.
Sept jours plus tard, la fatigue résiste et l’expérience prend une tournure inattendue
Ce résultat ne signifie pas que les habitudes nocturnes sont sans importance. Santé publique France indique qu’en 2024, 33,1 % des adultes de 18 à 79 ans déclaraient une plainte d’insomnie. Mais fatigue et mauvais sommeil ne sont pas synonymes, et une bonne hygiène de sommeil ne peut évidemment pas corriger toutes les causes possibles d’épuisement.
Lorsque la fatigue persiste malgré du repos et des changements raisonnables de rythme, le problème devient plus complexe. L’Assurance Maladie rappelle qu’une asthénie durable peut notamment être associée à une anémie, une infection, une hypothyroïdie, certains troubles du sommeil ou encore différentes maladies chroniques. La sensation ressentie reste donc très peu spécifique.
C’est précisément là que l’autodiagnostic atteint ses limites. Supprimer successivement le café, le sucre ou les écrans peut donner l’impression d’avancer méthodiquement, alors qu’une cause biologique détectable peut passer totalement inaperçue. La consultation médicale permet au contraire d’orienter les recherches selon les symptômes, l’examen clinique et l’histoire de la personne.
Une simple prise de sang peut parfois faire apparaître ce que les habitudes ne montrent pas
Un bilan sanguin n’est pas une réponse universelle à toute fatigue, mais il peut fournir des indices précieux lorsqu’un médecin le juge nécessaire. Une numération sanguine peut par exemple mettre en évidence une anémie, tandis que le dosage de la ferritine renseigne sur les réserves en fer. Une carence marquée peut s’accompagner de fatigue, d’essoufflement ou de difficultés de concentration.
La thyroïde constitue une autre piste possible. Une hypothyroïdie peut évoluer discrètement, avec fatigue importante, frilosité, prise de poids ou ralentissement général. Son diagnostic repose notamment sur des analyses sanguines prescrites lorsque les symptômes ou le contexte le justifient. Là encore, impossible de distinguer cette cause d’un simple manque de sommeil uniquement à partir d’une sensation de lassitude.
La vraie leçon n’est peut-être pas d’abandonner les écrans, mais d’arrêter de deviner
Le piège consiste à chercher un coupable unique. Une fatigue persistante peut naître d’un enchevêtrement de facteurs : sommeil insuffisant, stress, médicaments, alimentation, maladie chronique ou problème biologique. Même une carence en fer détectée ne constitue pas la fin de l’enquête, car le médecin doit encore comprendre pourquoi les réserves se sont épuisées.
Il serait donc excessif de transformer la prise de sang en réflexe automatique ou en test à réclamer sans indication. L’Assurance Maladie recommande surtout de consulter lorsque la fatigue persiste, devient profonde ou s’accompagne d’autres symptômes. C’est ensuite l’interrogatoire et l’examen médical qui déterminent les analyses réellement utiles.
Cette nuance change finalement toute l’histoire. Les écrans peuvent perturber les soirées, mais ils ne doivent pas devenir le coupable idéal de chaque réveil difficile. Lorsqu’une fatigue résiste aux ajustements les plus évidents, la question intéressante n’est peut-être plus « quelle habitude supprimer ? », mais « qu’est-ce que l’organisme essaie de signaler ? »
Par Gabrielle Andriamanjatoson, le
Étiquettes: troubles du sommeil, fatigue persistante, carence en fer
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