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Asséché par 23 moulins au début du XVIIe siècle, le marais des Moëres a été rendu aux eaux par un siège en 1646

En septembre 1646, la garnison espagnole de Dunkerque noie volontairement les Moëres pour freiner les troupes françaises. Ce marais flamand venait pourtant d’être conquis sur l’eau grâce à un ambitieux polder équipé de moulins. Retour sur un territoire submergé à plusieurs reprises par la guerre avant d’être définitivement mis au sec.

Plaine agricole plate des Moëres traversée par un canal rectiligne, avec un ancien moulin à vent en bois et un village à clocher à l'horizon sous un ciel gris
Asséché au XVIIe siècle grâce à 23 moulins, le marais des Moëres a été inondé volontairement lors du siège de Dunkerque en 1646. Le polder reste aujourd’hui sous le niveau des hautes mers. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Entre Dunkerque et Furnes, l’ingénieur anversois Wenceslas Cobergher a vidé un lac de tourbe de plus de 3 000 hectares

Derrière le cordon de dunes qui longe la mer du Nord, une cuvette tourbeuse s’étend de part et d’autre de l’actuelle frontière franco-belge. Ainsi, ce creux mal drainé a longtemps oscillé entre marécage et lac.

Dans les années 1610, les souverains des Pays-Bas espagnols, Albert et Isabelle, décident de rendre ces terres cultivables. Ils mandatent Wenceslas Cobergher, à la fois peintre, architecte et ingénieur. Cependant, les dates de lancement divergent selon les archives, entre 1617 et 1622, avec un achèvement généralement situé vers 1627.

Le dispositif repose sur une digue de ceinture doublée d’un fossé, le Ringsloot. Ensuite, 23 moulins à vent hissent l’eau du fond du marais vers ce canal périphérique. Enfin, un canal la conduit jusqu’à l’arrière-port de Dunkerque, où elle s’écoule à marée basse.

En septembre 1646, le gouverneur espagnol de Dunkerque ouvre les écluses face à l’armée du duc d’Enghien

À peine deux décennies après l’assèchement, la Flandre maritime redevient un théâtre de guerre. En effet, la France et l’Espagne s’affrontent alors dans le conflit franco-espagnol de 1635 à 1659. Durant l’été 1646, l’armée du duc d’Enghien, futur Grand Condé, marche sur Dunkerque.

Dès lors, le marquis de Leyde, qui tient la place pour Madrid, mise sur une arme bon marché. Il fait ouvrir les écluses, et la mer reprend possession des basses terres en quelques heures.

Pourtant, la manœuvre ne sauve pas la ville, qui capitule début octobre 1646. De plus, le lac reconstitué ne sera pas vidé avant longtemps. Les terres françaises des Moëres ne seront réellement asséchées à nouveau qu’au milieu du XVIIIe siècle.

De 1646 à 1944, la Flandre maritime a utilisé l’inondation tendue comme une arme à chaque grand conflit

L’épisode de 1646 inaugure une longue série. Par la suite, les stratèges ouvrent les vannes en 1648, 1658, 1707 puis en 1793, lors du siège de Dunkerque par les coalisés. Surtout, l’artillerie peine à franchir ces plaines détrempées.

Au XXe siècle, les deux guerres mondiales prolongent cette logique. Par conséquent, la cuvette est encore noyée en 1918, puis en 1940 lors de la bataille de Dunkerque. Enfin, l’occupant allemand l’inonde en 1944, et un repère de crue sur la mairie rappelle encore le niveau atteint jusqu’en 1946.

Aujourd’hui commune déléguée de Ghyvelde, Les Moëres comptent environ 870 habitants protégés par des pompes

Depuis le 1er janvier 2016, Les Moëres forment une commune déléguée de Ghyvelde, avec 872 habitants recensés en 2021. Le village se situe pour partie environ deux mètres sous le niveau des hautes mers. Ainsi, rien n’y resterait sec sans pompage.

Les moulins ont cédé la place à des stations de pompage gérées par l’Institution intercommunale des wateringues. Selon un rapport d’inspection interministériel de 2007, le polder des wateringues couvre environ 900 kilomètres carrés entre Dunkerque, Calais et Saint-Omer. De plus, plus de 100 000 personnes y vivent directement sous la protection de ce réseau.

Toutefois, la montée du niveau marin réduit peu à peu les fenêtres d’écoulement gravitaire à marée basse. Dès lors, les pompes devront travailler plus longtemps à l’avenir. Le combat engagé par Cobergher il y a quatre siècles n’a donc rien d’achevé.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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