Derrière l’immense pinède du Sud-Ouest se cache une métamorphose territoriale inédite. Au milieu du XIXe siècle, l’État a asséché une vaste plaine marécageuse pour façonner sur un million d’hectares le plus grand massif artificiel d’Europe.

Avant les plantations de pins, le plateau landais abritait une plaine insalubre parcourue par des bergers sur échasses
Durant les mois d’hiver, l’eau stagnait sur ce sol totalement plat. Les habitants utilisaient alors des échasses en bois pour surveiller leurs animaux et éviter la boue. Cet outil de travail pratique facilitait les déplacements au-dessus d’un terrain impraticable.
Ce milieu aquatique abritait aussi le paludisme, une maladie endémique qui touchait régulièrement les populations locales. L’économie reposait uniquement sur un élevage de moutons très extensif. Cette vie pastorale se déroulait dans un isolement géographique presque complet.
La loi de 1857 et la politique de Napoléon III ont imposé l’assainissement et le reboisement méthodique des terres
La présence d’arbres n’était pas entièrement nouvelle sur le littoral. La frange côtière comptait déjà environ 200 000 hectares de boisements spontanés depuis deux millénaires. L’intérieur des terres restait en revanche désertique et complètement privé d’arbres.
La situation bascule sous le Second Empire avec la loi du 19 juin 1857. Ce texte officiel oblige les communes de Gironde et des Landes à assécher leurs pâturages. Les canaux de drainage préparent immédiatement le sol pour accueillir des millions de pépins.
Pour convaincre les notables réticents, Napoléon III acquiert un domaine de 8 000 hectares près de Morcenx. Baptisée Solferino, cette propriété sert de modèle agricole. Elle démontre aux résidents la rentabilité financière de la production de bois.
La guerre de Sécession et l’essor de la résine ont accéléré la transformation économique du massif de Gascogne
Les décideurs de l’époque prévoyaient la création de 5 000 fermes sur trois cent mille hectares boisés. Ce plan devait installer 30 000 résidents. Un événement international majeur a subitement accéléré la rentabilité de ce projet industriel.
Le conflit américain entre 1861 et 1864 perturbe les exportations mondiales. Le blocus des États-Unis fait alors grimper en flèche le prix des produits résineux. La récolte de la gemme devient aussitôt une activité économique extrêmement rentable pour la région.
Cette mutation agricole détruit l’ancien système d’élevage. Privés de leurs parcours habituels, les gardiens de troupeaux manifestent parfois leur colère. L’État répond par une répression sévère pour protéger définitivement les jeunes pousses de résineux.
Un territoire résolument privé qui fait face à une fragilité environnementale face aux incendies et aux tempêtes
Le paysage actuel s’étend sur un million d’hectares avec un taux de boisement de 74 %. Dans les Landes, le couvert végétal atteint 67 % du territoire. L’État et les collectivités ne possèdent que 10 % de ces parcelles, le reste appartenant à des sylviculteurs privés.
La prédominance d’une seule espèce expose désormais ce massif aux tempêtes et aux insectes. De plus, la sécheresse estivale ravive chaque année les menaces d’incendie. Quelques établissements comme l’écomusée de Sabres conservent encore la mémoire de l’ancien marécage.