La surpêche cause de graves mutations chez les requins : des spécimens à deux têtes découverts

Chez les humains comme chez les animaux, les anomalies génétiques sont nombreuses et toutes plus surprenantes les unes que les autres. Chez certaines espèces comme le requin, on pense tout de suite à un film de genre un peu farfelu. Imaginez pourtant : des scientifiques ont découvert plusieurs fœtus de requins à deux têtes.

 

Des spécimens de requins à deux têtes observés

Comme beaucoup de monde, vous imaginez qu’un requin à deux têtes ne peut sortir que du grand écran, pourtant des spécimens ont été découverts ces dernières années. Selon des scientifiques, ils seraient de plus en plus nombreux dans le monde. Il y a quelques années, des pêcheurs ont capturé au large de la Floride un requin bouledogue. Dans son utérus, ces derniers ont découvert un fœtus à deux têtes. En 2008, un autre pêcheur a trouvé dans l’océan Indien un embryon de requin bleu à deux têtes.

Trois ans plus tard, une étude a révélé la découverte de jumeaux siamois dans le ventre de requins bleus capturés dans le Golfe de Californie et au nord-ouest du Mexique. Les spécialistes constatent qu’on trouve un plus grand nombre d’embryons bicéphales chez les requins bleus. Felipe Galvan-Magana, de l’Institut national polytechnique du Mexique, explique ce curieux phénomène par le fait que leurs portées contiennent un plus grand nombre de bébés – jusqu’à 50 à la fois ! Le risque d’anomalie génétique est donc plus grand chez cette espèce.

Un embryon à deux têtes découvert dans un œuf 

Plus récemment, une étude publiée dans le « Journal of Fish Biology » rapporte la découverte étonnante faite par des chercheurs espagnols. Ils ont en effet découverts un embryon de roussette (espèce Galeus atlanticus) à deux têtes. Ce qui est surprenant, c’est qu’ils élevaient des requins en laboratoire dans le cadre de recherches sur la santé humaine et que l’équipe a remarqué l’embryon peu commun dans un œuf de requin translucide.

Cet embryon de roussette n’était pas la classique bête à deux têtes puisqu’il s’agissait du premier spécimen connu issu d’une espèce de requin ovipare (qui pond des œufs). Sans plus attendre, les chercheurs ont ouvert l’œuf afin d’étudier le spécimen. Le chef de l’étude, Valentin Sans-Coma, estime qu’il est impossible de savoir si l’animal aurait survécu. S’agissant des premiers siamois découverts dans des requins ovipares, il est probable que cette progéniture n’ait pas vécu assez longtemps pour être aperçue.

Dessin détaillé de l’espèce Galeus atlanticus (une roussette)

 

Des raisons multiples sont évoquées

S’ils existent bel et bien, les requins à deux têtes restent rares. Il semble donc difficile de connaître les raisons exactes de ces mutations. Selon Valentin Sans-Coma et ses collègues, la cause plausible serait une maladie génétique pour la roussette à deux têtes. Les embryons se sont développés dans un laboratoire au milieu de près de 800 spécimens, et les œufs n’ont pas été exposés à des infections, des produits chimiques ou des radiations (à leur connaissance). De manière générale, de multiples facteurs pourraient être à l’origine des malformations des requins : infections virales, troubles métaboliques, pollution ou même un patrimoine génétique décroissant dû à la surpêche… Dans ce cas précis, cela entraîne la consanguinité et par la suite des anomalies génétiques.

Une étude encore plus récente menée par Nicolas Ehemann – spécialiste des sciences de la mer – a analysé deux spécimens à deux têtes : un requin de l’espèce Mustelus higmani et un requin bleu (découverts au large de l’île de Margarita au Venezuela). Selon le bulletin de recherche, les animaux, qui n’auraient pas survécu, sont les premiers requins à deux têtes aperçus dans la mer des Caraïbes. Pour Ehemann, qui étudie à l’Institut national polytechnique du Mexique, le coupable de cette présence de plus en plus répandue de fœtus à deux têtes n’est autre que la surpêche. Cette pratique humaine provoque ainsi la diminution du patrimoine génétique.

Un requin présenté sur une étale dans un marché

 

Des anomalies encore difficiles à observer

Galvan-Magana se veut plus nuancé dans ses propos. Selon lui, les requins à deux têtes ne sont pas plus fréquents, les revues scientifiques diffusent simplement plus fréquemment des récits sur ces découvertes. Le chercheur mexicain ajoute qu’il a aperçu d’autres requins étranges, dont un spécimen « cyclope », capturé au large du Mexique en 2011 et doté d’un unique œil fonctionnel sur le devant de sa tête. Cette caractéristique est le propre d’une maladie congénitale appelée « cyclopie » et qui touche plusieurs espèces animales, y compris les humains.

Si les études se multiplient sur les malformations chez les requins, Nicolas Ehemann affirme que cela reste un sujet de recherche difficile, du fait de la rareté des spécimens. « J’aimerais étudier ces phénomènes, mais ce n’est pas comme s’il suffisait de jeter un filet pour capturer des requins à deux têtes », explique-t-il. « C’est très aléatoire. » Il semble aujourd’hui évident que les chercheurs ne sont pas au bout de leurs surprises quant aux différentes mutations qui touchent les animaux. Au même titre que les humains, ces derniers développent des anomalies génétiques rares difficilement observables pour le moment.


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