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L’analyse de quatre squelettes exhumés d’un ancien site funéraire brésilien a révélé la présence de matériel génétique étroitement lié à celui de la syphilis, contribuant à éclairer les origines de cette infection bactérienne autrefois mortelle.

Infections tréponémiques anciennes

La syphilis ainsi que le pian et le béjel (aux effets similaires mais n’étant généralement pas transmis sexuellement) sont causés par des sous-espèces de la bactérie Treponema pallidum. Toutefois, l’origine de ces infections dites « tréponémiques » reste encore relativement obscure.

Si la survenue d’une épidémie de syphilis dans l’Europe du XVe siècle avait conduit de nombreuses chercheurs à supposer que Christophe Colomb avait ramené l’infection des Amériques après ses expéditions, des preuves plus récentes issues de restes humains mis au jour sur le Vieux Continent suggèrent que l’infection y était déjà présente des siècles plus tôt.

Il y a quelques semaines, Verena Schünemann, de l’université de Zurich, et ses collègues ont identifié les plus anciennes preuves d’infection tréponémique, lors de l’examen d’ossements humains provenant d’un site bimillénaire proche de la ville de Laguna, dans le sud du Brésil.

Plusieurs squelettes présentaient des inflammations osseuses et des lésions crâniennes caractéristiques. Les analyses ADN subséquentes de quatre d’entre eux ont montré qu’ils avaient été infectés par une sous-espèce de T. pallidum, qui constituerait potentiellement un ancêtre de T. pallidum endemicum, responsable du béjel. Généralement transmise par contact cutané non sexuel ou le partage d’ustensiles contaminés, cette infection est caractérisée par des lésions qui commencent dans la bouche et s’étendent à la peau et aux os.

Des maladies déjà répandues il y a 2 000 ans

Selon les auteurs de la nouvelle étude, publiée dans la revue Nature, si de telles découvertes ne permettent pas d’établir précisément où et quand la syphilis est apparue, elles indiquent que les maladies tréponémiques étroitement apparentées faisaient déjà des ravages sur le continent sud-américain il y a plus de 2 000 ans.

« Il est possible que ces infections soient apparues ailleurs dans le monde et y aient par la suite été introduites, mais des preuves génétiques seront nécessaires pour le confirmer », estime Schünemann.

« Cette étude est passionnante parce qu’il s’agit du premier ADN tréponémique extrait de restes humains vieux de plus de quelques centaines d’années », commente Brenda Baker, de l’université d’État d’Arizona. « Les données génomiques permettent de mieux comprendre l’évolution du pathogène et les adaptations qu’il a pu subir au fil du temps, sachant que le béjel est actuellement associé à des climats arides plutôt qu’humides [tels que ceux de la côte brésilienne]. »

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